Carine Bécard.

Le mea culpa en politique... Plusieurs responsables, de droite comme de gauche, s'y sont essayés depuis la rentrée... Faut-il y voir une nouvelle mode, en France, pour la repentance ?

Oui, sans doute ! Le dernier à avoir exprimé des regrets, c'est Manuel Valls. Ça date de la fin de la semaine dernière... Le Premier ministre a reconnu qu'il y avait eu trop de hausses d'impôts depuis le début du quinquennat... Mais ce n'est pas le seul repenti... Un peu avant lui, en septembre, François Hollande fait savoir qu'il s'est trompé, lui aussi, en supprimant la TVA sociale de Nicolas Sarkozy... Et justement Nicolas Sarkozy, 15 jours auparavant, profite d'un déplacement dans l'Yonne pour s'excuser "de ne pas avoir été assez attentif à tout !"... plus précisément, d'avoir fait adopter pendant qu'il était à l'Elysée, des règles trop strictes - à travers le Grenelle de l'Environnement - qui auraient étouffé les paysans.

Autrement dit, deux présidents et un Premier ministre concèdent avoir commis des erreurs... Pourquoi font-ils cela ? Aussi étrange que cela puisse paraître, parce qu'ils sont à la recherche de nouveaux moyens de communiquer avec les Français... Le but, c'est de surprendre... de faire quelque chose qui n'a encore jamais été fait... d'être sur un registre, sur un ton nouveau, inhabituel... et donc qui attirera davantage l'oreille ! L'objectif de ces politiques peut paraître un peu triste, mais c'est que les Français soient tentés de ré-écouter ceux qu'ils élisent...

Et est-ce que cela marche? Est-ce que cela change vraiment le regard des gens?

Disons que l'impact ne dure pas très longtemps... C'est d'ailleurs tout le problème de cet outil de communication... Vous ne pouvez pas "vous excuser" à longueur de journée ! La deuxième limite de l'exercice, c'est que pour qu'un regret semble sincère, il soit suivi d'effet... Si François Hollande est honnête quand il reconnaît qu'il n'aurait pas dû supprimer la TVA sociale de son prédécesseur... il devrait alors passer à l'acte... et la remettre en place ! Or, rarement, les aveux d'échec confessés par nos politiques font l'objet ensuite d'une mesure concrète... C'est la raison pour laquelle, tous ces "mea culpa" ne font à priori jamais remonter un[U1] e[U2] cote de popularité... La preuve avec nos trois exemples choisis... Donc, c'est un procédé qui n'offre guère de résultat...

Non, en réalité... si notre classe politique ressent le besoin désormais d'exprimer des regrets - et c'est un phénomène nouveau -, cela révèle surtout l'incroyable fossé qui s'est creusé entre elle et les Français... Des Français qui sont de plus en plus nombreux à se sentir méprisés... Pas écoutés... Oubliés... ' Nos élus aujourd'hui, commencent donc à accepter de dire qu'ils se sont trompés dans l'unique but de "s'humaniser"... d'apparaître moins éloignés de ce que vivent leurs électeurs, moins "déconnectés"... Mais il y a peu de chance pour que le "regret" soit l'antidote parfait... pour effacer ce que ne supportent plus les gens : cette éloquence trop souvent teintée d'arrogance de notre personnel politique...

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