Hier soir, en meeting, Nicolas Sarkozy a encore souligné le risque que les électeurs de droite se fassent voler la primaire !

Et quand on a peur de se faire voler quelque chose, on l’enferme. Laurent Wauquiez, soutien de l’ancien président, craint maintenant une défaite de Nicolas Sarkozy parce que, estime-il, l’assiette électorale de la primaire serait beaucoup trop large et que, notamment les centristes pèseraient trop. Le problème ne viendrait pas du nombre d’électeurs mais plutôt de la diversité idéologique de ceux qui s’intéressent à cette consultation. Wauquiez pense aux centristes de la partie non invitée, aux électeurs de Bayrou, alors que le maire de Pau ne ferait plus partie de la famille après la « trahison » 2012. La primaire est une 1ère pour ce camp, et personne ne sait vraiment quelle partie de l’électorat de la droite et du centre se mobilisera le plus. La droite populaire, identitaire et sécuritaire ou la droite modérée qui réclame des réformes mais aussi de la modération et de l’apaisement ? Car il y a une spécificité de la primaire.

Laquelle ?

Si la primaire est techniquement une élection, elle est, politiquement, plus une sélection. L’électeur de la primaire fait les choses dans l’ordre. Il ne choisit pas un président, il sélectionne d’abord un candidat. Le sélectionneur se demandera qui peut, à coup sûr, se qualifier au second tour, qui a la surface politique pour non pas juste gagner contre Marine Le Pen mais la battre massivement. Et comme l’enjeu principal de 2017 n’est pas de battre la gauche qui, à tort ou à raison dans l’esprit de nombreux Français, est déjà éliminée, bien des électeurs de gauche se sentent concernés. Alors est-ce qu’un nombre significatif d’électeurs de gauche ira voter ? Toujours cette question… Finalement peu importe, il suffit déjà qu’ils participent largement au plébiscite sondagié quasi quotidien d’Alain Juppé pour en faire l’homme politique le plus populaire de France. C’est vrai que la popularité n’a jamais fait gagner une élection classique (au contraire même). En revanche la popularité a tout pour faire remporter une primaire. Nicolas Sarkozy relativise les bons sondages d’Alain Juppé en le comparant à Edouard Balladur. Mais si l’on compare les dates et si l’on se réfère à la mécanique propre de la primaire, Edouard Balladur aurait certainement gagné la primaire, s’il y en avait eu une en 1994, 7 mois avant l’élection de mai 95! Les électeurs-sélectionneurs sont abreuvés de sondages. Les sympathisants de gauche gonflent, depuis des mois, la popularité d’Alain Juppé et l’électeur-sélectionneur de droite regarde les performances des candidats et en conclut que son champion c’est Juppé. Une bonne partie des électeurs de la primaire de gauche en 2011 trouvait de la même façon F.Hollande trop modéré, mais sa popularité, gonflée (à l’époque) par l’hélium des centristes, faisait de lui un champion plus sûr que Martine Aubry, pourtant plus en phase avec le cœur électoral de la gauche. Les Sarkozystes qui ont choisi de s’appuyer sur le cœur électoral de la droite, inquiets, découvrent, mais un peu tard, les spécificités (toutes en ouverture) de cet exercice si particulier qu’est la primaire.

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