Depuis l’attentat à la Préfecture de police de Paris, on n’arrête pas de parler du match retour Macron - Le Pen pour 2022… Mais il y en a un autre, Yael Goosz, moins visible, et plus immédiat.

Le vote écolo fera-t-il de l’ombre aux candidats En Marche, aux municipales de mars prochain ? Concurrence redoutée par les stratèges de La REM, alors que les bons sondages s’accumulent pour les listes EELV à Grenoble, Montpellier, Marseille, Bordeaux, Lyon… « Et si c’était leur moment ? », s’interroge un ministre. Pas juste un vote éphémère comme en 2009 aux européennes, mais une vraie dynamique, amplifiée et même débordée par la rue, par une écologie de la désobéissance civile. 

C’est donc à l’aune de cet affrontement électoral imminent et inédit qu’il faut analyser la succession de cartes postales envoyées depuis la semaine dernière par le couple exécutif. Cartes postées d’outre-mer, d’abord. Emmanuel Macron sur l’île Grande Glorieuse, au large de Mayotte. Il veut tenir sa promesse de porter à 30% du territoire national la part des aires protégées. « Il ne faut pas mollir », lui ont dit les scientifiques qui l’accompagnaient. Ça c’était mercredi. 

Un président dans l’océan indien, et un Premier ministre aux Antilles, ce week-end : Edouard Philippe en Guadeloupe pour intensifier la lutte contre les sargasses, ces algues toxiques qui prolifèrent en partie sous l’effet de la déforestation en Amazonie… Une pierre dans le jardin climato-sceptique du président brésilien Bolsonaro. 

Et puis des cartes postales de métropole : les suites du scandale Lubrizol. Edouard Philippe (encore lui), vendredi dernier, à Rouen pour promettre « une indemnisation complète et rapide ». Alors qu’au même moment, à Paris, les citoyens tirés au sort de la convention sur le climat reprenaient leurs travaux au Palais d’Iena. Parmi les pistes étudiées ce week-end, la fin de la pub pour les objets les plus polluants.

Quatre cartes postales qui confirment le tournant écolo pris par le Président ?  

« Pas de la stratégie, une vraie conviction ! », disent ses proches. Green leader d’une écologie du « concret », du « réel », du « quotidien ». Message martelé et relayé auprès des candidats aux municipales : pour être investis par la REM, ils doivent approuver une charte du « progressisme municipal », qui les incite à faire de l’écologie l’axe central de leur programme : végétalisation, cantines bio, rénovation thermique…  

Le problème, c’est que l’écologie version micro se heurte aux mauvaises nouvelles au niveau macro : la France vient d’être blâmée par la cour de justice de l’Union européenne pour ses rejets de dioxyde d’azote dans l’air. Et ça fait 9 ans que ça dure… 

Et parfois, les messages macro se heurtent à la réalité micro. Combien de terres agricoles encore cédées pour des projets immobiliers de type Europacity ? Entre Greta Thunberg et le Medef, dur, dur d’être préfet. 

Ce que vous dites, Yael, c’est gare à l’effet boomerang ?

Oui, pour l’écologie comme pour le reste ! En allant sur le terrain du RN, Emmanuel Macron prend le risque d’apparaître trop timide, moins disant. Le « voile dans l’espace public » n’est pas son affaire ? Ce sera celle de Marine Le Pen, la démagogie en plus. 

En allant sur le terrain de l’écologie, le greenwashing ne suffit plus, et là encore il faut être à la hauteur du défi que l’on promet de relever. Un chiffre : pour contenir à 2 degrés le réchauffement climatique d’ici à 2100, il faut que nous fassions 3 fois plus d’efforts que ce que dit l’accord de Paris signé en 2015. 

Y aura-t-il un « effort de guerre » à la mesure de l’acte 2 annoncé ? Cette question-là sera l’une des clés des municipales. Avec parfois de drôles de télescopage. Comme à Besançon : pour En Marche, la candidature d’un ex-député écolo, Eric Alauzet, disciple de Dominique Voynet. Face à lui, Anne Vignot, une écologiste EELV à la tête d’une liste de gauche plurielle. Les municipales, scrutin local, enjeux locaux, c’est toujours ce qu’on dit… Mais cette fois, les résultats diront aussi si oui ou non les Français jugent qu’Emmanuel Macron mérite son titre de « champion de la terre », décerné l’an dernier par les Nations Unies. 

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