Le temps des tempêtes et du désenchantement…

Emmanuel Macron annoncera-t-il ce soir, à 20h, un nouveau confinement à l'échelle de la nation ?
Emmanuel Macron annoncera-t-il ce soir, à 20h, un nouveau confinement à l'échelle de la nation ? © AFP / Ludovic Marin

"Le temps des tempêtes", c’était le titre d’un livre à succès cet été, celui de Nicolas Sarkozy, c’est aussi la sombre prophétie d’Edouard Philippe, mi-septembre, un soir de meeting pour les sénatoriales. A l’époque, pas si lointaine, où on pouvait encore en tenir, des meetings, à plus de six. A l’époque où le haut-commissaire François Bayrou planifiait le plan. A l’époque, où chacun commençait à placer ses pions en vue des régionales, la prochaine respiration démocratique.    

Aujourd’hui, qui peut se projeter ? A La REM, on fait comme si. On se prépare, on fait des listes, sans trop y croire… Horizon bouché, prévisions impossibles, frustration totale.   Autant pour l’acteur politique, que pour le commentateur. Ce matin, ce n’est pas l’angoisse de la page blanche qui m’a saisi. Mais l’overdose de Covid, la saturation sanitaire, le sujet unique, la pensée reconfinée, et le déjà vu, déjà traité… Retour vers le futur de la première vague. Arrêt sur image, quinquennat sur pause, à nouveau.  

Sommes-nous coupables d’avoir négligé les alertes de nos dirigeants, ou nos dirigeants sont-ils responsables d’avoir été négligeant, de ne nous avoir laissés vivre comme s’il n’y aurait qu’une vague ? A quoi bon se postillonner des reproches à la figure ! A quoi bon refaire le film, flageller ou s’auto-flageller ? « Novembre sera éprouvant », dit Jean Castex. Nous ne sommes encore qu’en octobre. Grosse épreuve en perspective.   

Est-ce qu’Emmanuel Macron nous y a préparés psychologiquement ?  

Non, parce que son logiciel est celui d’un leader résilient : "rien ne l’atteint, rien ne l’ébranle", disent ses proches. Eternel optimiste ? Non. Mais éternel volontariste. Après la « guerre » en mars, Emmanuel Macron promet, en avril, le retour des « jours heureux ». Et une fois le pays déconfiné, il nous dit qu’il faut « vivre avec le virus ». Aujourd’hui, c’est surtout le virus qui nous dicte comment vivre et nous empêche. Le plan de relance ? « Ce sera la continuation d'un plan de survie », se lamente un conseiller.  

Et qui est le maître des horloges aujourd'hui ? « Ce n’est plus moi, c’est la Covid », confession d’Emmanuel Macron le soir de sa dernière intervention télé, il y a deux semaines, pour enclencher le couvre-feu. Simple couvre-feu, les mots avaient un sens : la situation était grave, mais pas au point de priver les Français de vacances... Reconfiner ? Ce serait « disproportionné », disait le Président, pour qui, c'est comme ça qu'il en parle, il s'agit de "la mesure sanitaire la plus fruste depuis le Moyen-Âge ». Alors, comment ne pas se contredire ce soir ?   

Dur retournement des choses. Il n’a pas été élu pour être le « père fouettard », mais pour « libérer les assignés à résidence ». Et le voilà obligé de courir derrière ce virus, dont on sait une chose : il tue, mais il détruit aussi les agendas politiques, compromet les réformes, endette sérieusement le pays.   

En politique, « rien ne se passe jamais comme prévu », pour paraphraser François Hollande, lui qui a traversé les attentats, comme Nicolas Sarkozy a dû affronter la crise financière. Mais pour Emmanuel Macron, ce ne sont plus seulement "des emmerdes qui volent en escadrilles", mais un maelström de crises lourdes et simultanées (sanitaire, économique, sécuritaire, internationale et climatique). Il faudra les surmonter avant d’entrevoir le fameux « monde d’après ». Et l’Europe d’après ! Car à l’Elysée, on insiste pour dire que tout le continent se retrouve logé à la même enseigne sanitaire… Maigre consolation. Je vous prescris un antidépresseur ?

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