Jean-Louis Borloo vient de créer l’UDI, nouveau parti de centre droit… Et vous y voyez un retour aux années UDF/RPR.

Oui, la mode des années 70, 80, 90 semble s’emparer de la droite avec le retour d’un vieux modèle de représentation politique. L’UMP telle que l’avait voulue ses créateurs, c'est-à-dire un grand mouvement unitaire de toutes les droites parlementaires, ne remplit pas son rôle puisque naît, au centre droit, l’UDI. L’union des démocrates indépendants. Et le cri primal de l’UDI semble dire « nous allons être la première force de la droite ». On se retrouve dans une configuration classique de la droite à trois pans, FN, UMP, UDI… comme si la classification rabâchée et que l’on croyait obsolète du professeur René Rémond redevenait pertinente. Les légitimistes, les bonapartistes et les orléanistes. Jusque dans l’intitulé de ce nouveau et déjà vieux parti qu’est l’UDI, on sent la naphtaline. Union des démocrates indépendants. Trois mots valises de la politique que l’on retrouve, tout ou partie, dans un ordre variable, façon « marquise vos beaux yeux… vos beaux yeux, marquise » dans tous les noms de tous les partis ou groupes parlementaires de droite ou du centre depuis la guerre. L’acronyme UDI, qui aurait aussi pu être un nom d’assurance de la fin du siècle dernier ne dit rien à force de vouloir tout englober. Quand il ne dit pas le contraire de ce qu’il affirme. Prenons les trois mots un par un ; « Union » : quand le résultat de la création d’un parti c’est de diviser la droite parlementaire en deux, le mot « union » prend toute sa saveur. Et réalité l’UDI va réunir des gens qui se séparent de l’UMP (qui, comporte aussi, vous l’aurez remarquez le mot « union »). En gros la droite est maintenant unie séparément.

Deuxième mot composant l’UDI, c’est « démocrates »…

C’est donc un parti démocratique, ouf. Il ne prônera pas la dictature. Mais, soyons juste, ce mot a un sens particulier. S’affirmer démocrate (comme dans MODEM) en France, c’est se différencier des républicains. Les acceptions de ces deux mots ne sont, bien sûr, pas contradictoires mais font appel à des références historiques et idéologiques différentes. Démocrate, c’est girondin plutôt que jacobin, décentralisateur plutôt que centralisateur, européen plutôt que souverainiste… et pour en revenir à l’incontournable René Rémond, orléaniste plutôt que bonapartiste. Enfin, le I de UDI c’est « indépendants ». Alors là c’est l’escroquerie. C’est l’étiquette « bio » accolée au plastique d’une salade sous vide, gavée de pesticides. L’UDI serait indépendante si elle ne disait pas tout de suite qu’elle allait forcément gouverner à droite et si tous ses élus n’étaient pas liés par un accord bien cadenassé avec l’UMP. Le défi stratégique de l’UDI, dans les mois et années qui viennent, sera de savoir si elle peut exister face à l’UMP, le mâle dominateur de la droite. L’UMP justement : la compétition pour sa présidence n’aura vu s’affronter que d’anciens RPR. Le caractère totalement désidéologisé du processus et le concours de la plus grosse boîte de parrainages a ramené le parti vers la personnalisation, dans la plus pure tradition néogaulliste, façon RPR. Nous allons donc entrer dans une ère dans laquelle la droite devrait être dominée par le couple Borloo/Fillon. Ces deux-là se détestent ! ça fait furieusement penser au duo d’enfer Giscard/Chirac du précédent millénaire !L’UDI(UDF) et L’UMP(RPR) n’ont plus qu’à ressortir les R25 et les CX à cocardes… et si vous voulez dialoguer avec Jean-Louis Borloo essayez donc taper « 3615 code UDI » sur votre minitel…ça devrait marcher !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.