Ce matin, Martine Aubry dans le train et un sondage de l’institut BVA…

Oui, ces deux angles font un seul sujet : l’état dépressif de la France. Au sortir de la matinale de vendredi, où nous étions en direct de Lille, Martine Aubry nous racontait son dernier voyage entre Paris et sa ville. Elle se retrouve, dans le TGV, assise à côté de plusieurs réfugiés syriens. Des étudiants dentistes, des laborantins… des jeunes gens de la classe moyenne. Elle leur demande où ils vont : Calais, pour passer en Angleterre. Et s’ils n’y parviennent pas, direction l’Allemagne. Pourquoi pas Lille ? La capitale du Nord a mis des places d’hébergement à disposition des réfugiés, des familles lilloises se proposent d’en accueillir, plaide Martine Aubry, devant ces jeunes gens plein de vitalité. La voilà qui vante sa ville comme si elle parlait à des investisseurs étrangers. Mais non, pas la France ! Ici il n’y a pas de travail et puis on ne veut pas de nous, répondent-ils ! Ce pays, pour eux, n’est pas une terre promise, il n’offre pas de rêve, ni même de solution. Ce témoignage de Martine Aubry n’est pas isolé. On parle souvent de nos contre-performances économiques, des classements Pisa où l’on dégringole… On est habitué aux discours « déclinistes »… la « France qui tombe » semble maintenant être la toile de fond évidente de tous les débats, sur quelques sujets publics que ce soit. C’est l’une des caractéristiques de la dépression : ça commence par un autodénigrement.

Un sondage, donc, vient appuyer cette impression.

Oui, le baromètre de l’institut CSA. Il montre que les Français sont optimistes à 56% pour eux-mêmes, pour leur avenir personnel et celui de leur famille…mais ils ne sont que 30% à l’être pour l’avenir de la société française. Cette dichotomie des sentiments entre le particulier et le général est une constante, en France, depuis longtemps. Mais ce qui est frappant cette fois, c’est que l’optimisme personnel progresse de 2 points alors que le pessimisme général progresse aussi de 3 points. La somme des optimismes personnels ne fait pas un optimisme général. Qu’est-ce qui fait qu’on peut espérer aller mieux dans une société qui (pense-t-on) ira moins bien ? Les politiques et les médias, ceux qui animent le débat public, ceux qui donnent l’image globale de la société, peuvent se poser la question au premier chef. La violence, l’acrimonie, le caractère frontal et sans nuance des débats politiques, économiques ou sociétaux en France, nous minaient, mitaient la cohésion nationale. Aujourd’hui -et c’est là que l’anecdote du train de Martine Aubry et ce sondage sont liés- nous donnons l’image peu amène d’une nation repliée, hermétique, peureuse : la France ne fait plus envie qu’aux touristes. On a déjà cité cette phrase attribuée à Jefferson ou Franklin. « Tous les hommes ont deux pays, le leur et la France ». Ce n’est plus vrai. Comment ne pas être troublé quand ce sont, non pas les ‘French bascheurs’ habituels de la presse anglo-saxonne, mais de jeunes réfugiés syriens fuyant les bombes de Bachar et la barbarie de Daech, qui nous renvoient cette image de nous-mêmes ?

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