Vous revenez ce matin sur le rapport très critique du Conseil National d’Evaluation du Système Scolaire.

Rapport -dont on parle beaucoup depuis hier- par lequel on apprend que les politiques d’éducation prioritaire n’ont, ces dernières décennies, fait qu’aggraver les inégalités scolaires. Les milliards injectés dans le cadre de cette politique de discrimination positive ont donc été contre-productifs. Alors il y a des tas d’explications avancées depuis la publication de ces chiffres chocs. Le saupoudrage des moyens, l’impossibilité de doter les établissements les plus en difficulté d’outils et de méthodes pédagogiques adaptés. C’est bien sûr l’inertie, la centralisation de notre système d’éducation, qui est en cause. Mais à propos de ce corps malade, de cette douleur très localisée dans les zones d’éducation prioritaire : ne faudrait-il pas finalement raisonner en ostéopathe ?

En ostéopathe ??

Oui ! Vous savez quand vous allez chez l’ostéo pour un problème de dos, il vous palpe, vous interroge et en conclue qu’il faut agir sur le genou. Il découvre d’autres problèmes ailleurs, conséquences de votre mal. Un bon ostéo-politic-opathe, pourrait ainsi conclure que plutôt que de soigner le ministère de l’Education nationale (qui a quand même besoin d’être traité par ailleurs), on devrait se pencher sur le cas d’autres ministères comme celui du logement, de la ville et ou de l’aménagement du territoire. Ce qui plombe ces zones d’éducation prioritaire n’est pas d’être des zones d’éducation prioritaire mais d’être des ghettos, c’est l’absence totale de mixité sociale (et donc aussi ethnique). Arroser de subventions un ghetto, c’est arroser le sable, surtout si les chefs d’établissement n’ont aucune possibilité d’initiatives pédagogiques. Le problème ne serait donc pas tant l’école que le logement, la localisation des logements sociaux. Il s’agit bien moins d’une inégalité scolaire que spatiale. On sait que des classes mélangées socialement sont le meilleur antidote pour l’échec scolaire. Passy comme Saint-Denis sont des quartiers à problèmes. Les ghettos d’uniformité sociale (riches ou pauvres) sont des quartiers à problème, sinon pour leurs habitants dans les quartiers et villes riches, du moins pour l’ensemble de la société. La loi SRU qui n’est peut-être pas parfaite mais qui impose à toutes les communes de construire 25% de logements sociaux a bien été renforcée ces dernières années mais les résistances des villes aisées sont encore trop fortes. Il existe pourtant dans certains quartiers populaires des grandes villes, dans certaines périphéries proches (comme les villes limitrophes du nord-est de Paris) des exemples de mixité sociale et ethnique réussies. Ce sont des usines à intégration, résultats d’une gentrification limitée, d’un équilibre certes très délicat à maintenir mais qui existe, qui marche et dont on ne parle jamais. La politique du logement, de la ville et de l’aménagement du territoire sont les parents pauvres du débat politique. Ce sont pourtant des domaines qui, s’ils étaient vraiment traités, pourraient soulager beaucoup de nos maux: transports, violence, communautarisme, échec scolaire. Un peu moins de chirurgiens esthétiques, un peu plus d’ostéopathes, c’est peut-être ce dont la politique a besoin.

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