Un député de la République En Marche envisage de s’abstenir lors du vote de la loi « renforçant la sécurité intérieure»… est-ce le premier frondeur ?

Voyez comme on est déformé par la précédente mandature ! Un député du groupe majoritaire, un seul député sur 315, envisage de s’abstenir et l’on tient un frondeur, la 1ère métastase du mal qui menacerait la majorité. En réalité, c’est le contraire ! S’agissant d’une loi qui n’était pas au programme du candidat Macron, une loi problématique en ce qu’elle réduit le périmètre du juge judiciaire, garant des libertés, pour plus de sécurité, ou plutôt pour plus de « sentiment de sécurité ». On aurait pu espérer un vrai débat au sein du groupe majoritaire. Après tout, il y a, dans ce groupe pléthorique et divers, beaucoup d’esprits censément libres. D’anciens écologistes qui n’auraient jamais voté une telle loi avant, de vrais libéraux politiques qui doivent, par discipline, mettre un mouchoir sur leur convictions pour ne pas commencer leur mandat par un pas de côté. Paul Molac, député breton, qui se définit comme régionaliste et qui siégeait, lors de la dernière mandature, avec le groupe écologiste, se souvient, dit-il, du rapport parlementaire de Jean-Frédéric Poisson et Dominique Raimbourg sur le sujet, déposé en décembre dernier. Rapport qui concluait aux effets émoussés, après plusieurs mois d’application, d’un état d’urgence sans cesse prolongé et devenu inutile. Intégrer dans le droit commun des pans entiers de cet état d’exception semble plus avoir pour objectif de rassurer que de sécuriser. Exactement comme la logique qui préside à l’opération Sentinelle, qui mobilise des milliers de militaires pour patrouiller, alors que chacun sait qu’on lutte plus contre le terrorisme par le renseignement, qu’il vaut mieux cacher les militaires que les montrer. Seulement, comme trop souvent, on use beaucoup de moyens à traiter le « sentiment d’insécurité » au détriment de la lutte contre l’insécurité elle-même. Devant toutes ces évidences, il est, en fait, très étonnant que Paul Molac soit le seul de cette large majorité qui envisage de s’abstenir, ou au moins de déposer des amendements qui ne seraient pas estampiller LREM !

Vous pointez donc plutôt un risque godillot…

Oui, le contraire de la fronde. Godillot, le mot vient d’Alexis Godillot, le chausseur de l’armée de Napoléon, qui avait conçu ces gros souliers avec lesquels les grognards marchaient au pas et partaient à la guerre comme un seul homme pour l’Empereur. Dans les années 60, godillots désignait les députés gaullistes qui suivaient aveuglément le Général et singeaient le débat en déposant des amendements rédigés par l’exécutif… Pratique qui existe toujours. Les parlementaires novices de LREM s’émanciperont sans doute en prenant de la bouteille mais pour l’instant ils semblent exagérément disciplinés. La position hypertrophiée et centrale du groupe n’aide pas parce que les oppositions gauches et droites, loin sur les deux côtés, sont forcément outrées et agressives, surtout sur un tel sujet qui appelle la posture ! Ce qui produit, presque mécaniquement, une sorte de grégarité parlementaire de la majorité. Il faudrait un équilibre entre les biais de la fronde et du godillot. Un équilibre qui s’appellerait le débat parlementaire adulte.

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