Cet été, le climat politique a changé avec la crise de la dette.

Et l’idée d’une rigueur inéluctable s’installe, même à gauche.

Il faut encore une fois se pencher sur le mot « rigueur ». Ou en est ce mot ? Que charrie-t-il aujourd’hui ? Quelle est son acception du moment ? En politique les mots sont aussi des symptômes et cet été le mot « rigueur » a changé de couleur. Ce « mot » était devenu une tâche, un repoussoir en politique depuis 1983 et le fameux « tournant de la rigueur ». Avec ce qui était un joli mot (à l’époque) « rigueur », il s’agissait de repeindre en rose ce que l’on aurait du appeler, dans le langage de ces années la, « l’austérité ». 1983 est une cruelle désillusion et le mot « rigueur » est attaché à ce souvenir collectif, voilà pourquoi jusqu’à cet été, à gauche et à droite, on refusait l’idée de toutes politique dite « de rigueur ». Mais après ces semaines de panique sur le thème de la dette le tabou sémantique a sauté. Au gouvernement comme au PS on prononce maintenant ce mot avec l’air grave et la posture churchillienne. On n’est pas fou non plus, ni politiquement suicidaire et vous remarquerez qu’après avoir prononcé le mot « rigueur » on ajoute rapidement qu’il ne faut quand même pas tuer la croissance ni mourir guéri. « Du sang, de la sueur et des larmes » mais quand même un peu de chantilly. On rabote les niches fiscales mais on instaure le dixième mois de bourse pour les étudiants. Churchill, il est bien gentil mais ce n’est pas lui qui se présente en 2012.

Plan de Rigueur
Plan de Rigueur © pubwebmaster.com

Logiquement, la « rigueur obligatoire » devrait être un calvaire pour les socialistes.

On pourrait se dire qu’au moins cette fois-ci le « tournant de la rigueur » aura eu lieu avant l’élection. On gagne du temps. François Hollande construit d’ailleurs toute son image présidentielle sur cette capacité à assumer et incarner la rigueur. Puisque c’est inéluctable les français choisiront la gauche, se dit-il, pour qu’au moins la rigueur soit juste. C’est un pari. Il ne faudrait pas non plus que la rigueur, la règle d’or, l’obsession de l’andouillette, le fameux triple « A » écrase l’aspiration à changer la société. L’alchimie entre la nécessaire rigueur qui parait être naturellement l’ennemie du social et le social qui parait être naturellement l’ennemi de la rigueur va être dure à mettre au point dans un discours attractif. Il faut réussir à allier les contraires. En gros, il faut convaincre l’électeur qu’on peut mettre le chauffage central dans un igloo sans que ça fonde. Alors chacun se débrouille. François Hollande explique qu’une vaste réforme fiscale est indispensable à l’équilibre des comptes mais que le retour à un vrai impôt progressif peut aussi changer la société en profondeur. Martine Aubry ou Ségolène Royal mettent plus l’accent sur le changement vers une économie écologique, « changer le modèle » dit Martine Aubry. Tout ça reste assez compliqué à faire passer dans un contexte de peur générale de banqueroute et de dépression sociale. Mais au-delà, la rigueur qui impose le « raisonnable » ; la rigueur réduit les possibilités de différenciations programmatiques entre les candidats à la primaire. Dès lors la personnalité, l’image des candidats va prendre encore plus d’importance dans le choix des électeurs. La personnalisation à outrance, c’est déjà l’un des défauts de la cinquième république. Dans un contexte de rigueur acceptée, ce défaut est renforcé par le système des primaires qui, sur le papier est pourtant un bel exercice démocratique.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.