L’essence va baisser de quelques centimes…

Oui, cette mesure très attendue des Français a un aspect un peu pathétique et traduit le désarroi, sur ce sujet, d’un exécutif qui ne peut pas vraiment agir. La baisse, légère et provisoire, coûtera 300 millions à l’Etat qui n’a finalement que très peu de moyens incitatifs ou coercitifs pour endiguer la flambée des prix du carburant. On en revient à ce sentiment d’impuissance qui saute d’autant plus aux yeux qu’il intervient après une période électorale pendant laquelle les candidats sur-jouent le volontarisme. Cette petite baisse, paradoxalement, n’aura certainement pas l’effet politique qu’aurait eu un blocage du prix des carburants. Le blocage, c’était la promesse du candidat Hollande. Ça aurait eu l’avantage d’être une mesure d’autorité, une reprise en main, une maîtrise, quelque chose de plus sûr de plus clair. Ça ne se fera pas et l’on se demande comment une mesure techniquement, juridiquement infaisable a bien pu être proposée. Mais bon, le gouvernement a agi et l’essence va un peu baisser. La mesure concoctée par Pierre Moscovici souligne également l’un des dilemmes classiques de l’action politique : le choix entre le long terme et le court terme. A court terme les Français ont, à l’évidence, besoin que le prix de l’essence baisse. A long terme la France a besoin que l’essence augmente. Laisser l’essence augmenter, c’est des difficultés pour la population mais ce serait aussi sans doute la seule façon de pousser la société à s’adapter à ce que sera le monde de demain. Un monde de rareté des énergies fossiles. L’industrie des véhicules propres et des bâtiments sobres ne se développera vraiment que par la contrainte.

Electoralement, le court terme est plus rentable que le long terme.

Bien sûr, surtout qu’il est bien fini le temps des plans quinquennaux, quand l’Etat actionnaire et tout puissant orientait et réorientait l’industrie du pays. L’Etat ou les collectivités locales ne peuvent plus désormais que jouer sur les contraintes et les incitations pour pousser l’industrie et la société à prendre un chemin jugé utile. C’est exactement ce que font la plupart des maires de grandes villes. Pour supprimer les voitures en centre-ville, en plus de développer les transports en commun et les voies en site propre pour les vélos (ce qui est populaire), ils suppriment les places de stationnement, rendent la circulation cauchemardesque ou onéreuse. C’est tout à fait impopulaire au début mais l’adaptation de la population se fait rapidement et les effets bénéfiques de centres-villes sans voitures apparaissent quelques mois avant les élections municipales (si les édiles se sont bien débrouillés avec les délais de travaux). Dans le cas de la réorientation complète de la politique énergétique de la France et de la préparation de l’après pétrole, la contrainte est obligatoire, mais c’est autrement plus long ! Et ça dépasse le cadre d’un ou deux mandats présidentiels. Il n’est pas besoin d’être un disciple des économistes décroissants pour se convaincre que la principale contrainte efficace, c’est bien la hausse du prix de l’essence. Nous la subirons de toute façon, qu’on l’accompagne ou non. En réalité les quelques centimes de baisse obtenus par Pierre Moscovici ont plus à voir avec la cigarette du condamné qu’avec la grâce présidentielle...

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