Vous revenez ce matin sur les réactions au drame qui a coûté la vie à Jacques Blondel, ce retraité assassiné à Marignane par des voleurs qu’il avait poursuivis.

Oui l’émotion a été grande à Marignane après ce fait divers tragique. Elle s’est manifestée, cette émotion, lors de la marche blanche digne, qui s’est déroulée lundi dans la ville. Et du côté des politiques, tout le monde a rendu hommage à Jacques Blondel qui n’aurait pas dû mourir. Manuel Valls, ministre en charge de la sécurité a salué la mémoire d’un homme, je cite, « courageux, un héros ». Mais après le recueillement et l’émotion… une question se pose. Une question que personne, parmi les responsables politiques, ne semble pouvoir formuler dans ce climat de revendications sécuritaires, justifié par la situation invivable de certaines villes et de certains quartiers. Cette question est la suivante : Jacques Blondel est-il un héros ou a-t-il commis un acte inconscient ? L’acte, en soi, est techniquement héroïque mais tout responsable en charge de la sécurité publique, vous le dira, en off ou au moins à froid, c'est-à-dire peut-être à partir de maintenant, que Jacques Blondel a, en réalité commis un acte irresponsable qui lui a coûté la vie et qui aurait pu coûter la vie des membres de sa famille qui étaient avec lui lors de la poursuite des braqueurs. Toutes les consignes de base dans pareils cas sont de ne pas essayer d’arrêter soi-même les malfaiteurs, de laisser ça aux professionnels du maintien de l’ordre. Si les pouvoirs publics font de Jacques Blondel un héros, un exemple à suivre, ils prolongent l’irresponsabilité et font preuve d’une confusion un peu démagogique…

Mais quand même, ce qui force l’admiration, c’est que cet homme a rompu avec la peur qui paralyse bien des populations soumises à une insécurité quotidienne !

Bien sûr mais on n’ose pas encore dire qu’il a rompu avec cette peur d’une très mauvaise façon. Par exemple, tout le monde est horrifié et scandalisé par les récits de passivité coupable de voyageurs de transports en commun quand un ou plusieurs agresseurs détroussent ou violentent quelqu’un au vu et au su des autres passagers. Ces scènes en disent long sur « la société d’indifférence » dans laquelle nous vivons, pour reprendre le terme d’Alain-Gérard Slama. On pourrait se dire effectivement : « pour une fois, quelqu’un se lève ! ». Mais là, à Marignane, il ne s’agissait pas de sauver une vie ni même de défendre une personne, simplement un butin. Il s’agissait de la réaction d’un homme exaspéré et -comme le souligne sa famille- d’un homme qui ne supportait pas l’injustice. Mais il n’en reste pas moins que cet homme a commis une grave erreur de jugement. S’il est bien normal d’honorer sa mémoire, il ne faudrait pas cependant louer son geste. Or, c’est, implicitement ce qu’a semblé faire Manuel Valls par les mots qu’il a prononcés… en vertu d’un travers politique classique qui veut que, bien souvent, la réaction des ministres ou des élus semble préférer répondre à une exigence d’émotion plutôt qu’à une exigence de raison et de responsabilité. Cette remarque pourrait d’ailleurs aussi nous être attribuée, à nous journalistes, (bien souvent à la recherche de héros… ou de salauds), nous qui avons largement relayé les images, les sons, très forts, de l’émotion suscitée par cette affaire. Mais peut-on seulement apporter ces nuances sans risquer de choquer ou de blesser ceux qui ont vécu ce drame, et ceux qui vivent l’insécurité au quotidien ? J’ai pu constater moi-même en écrivant cette chronique que c’est vraiment très délicat.

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