Oui, tous ceux qui se sentent appartenir à la gauche vivent, ces temps-ci, une forme de panique identitaire. Il faut dire que la gauche, plus que la droite, se vit autant dans l’imaginaire, dans son histoire ses rêves et ses symboles que dans son action. L’action de la gauche n’est d’ailleurs pas toujours le fait de son accession au pouvoir mais bien souvent celui du résultat d’un rapport de force avec le pouvoir. Avoir le pouvoir reste, dans un petit coin de l’inconscient de la gauche, le début d’une trahison. D’ailleurs Léon Blum avait théorisé sur la différence entre « l’exercice du pouvoir » qui est par définition, temporel, presque secondaire, et la véritable « conquête du pouvoir » qui résulte de la transformation en profondeur de la société. La vigueur de la controverse théologique qui refleurit, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Jaurès sur la question de savoir s’il est le père du réformisme (donc s’il serait aujourd’hui d’accord avec manuel Valls !) ou s’il est le symbole de la pureté socialiste, montre bien que l’histoire de la gauche est une sorte d’élastique tendu entre l’idéal et la réalité, entre les moyens et le but. Et là on peut dire que Manuel Valls tire un peu fort sur l’élastique !Oui on est sans doute au point de rupture et quand l’élastique craque, on ne sait jamais de quel côté il va faire mal ! On parle beaucoup de la Blairisation du socialisme français sous Valls et Hollande depuis cette semaine. Mais la gauche française c’est aussi le républicanisme, qui devrait pouvoir justifier bien des évolutions. Cette référence revient en force. Les discours de François Hollande en sont truffés. Il a d’ailleurs écrit que « socialisme démocratique se confond avec l’accomplissement des valeurs de la République ». Ça ressemble à une porte de sortie du socialisme. L’école et la réforme fiscale, les deux sujets de prédilection de Hollande, c’était le programme de Belleville de Gambetta (républicain, pas socialiste). Le héros de Valls c’est une figure de la gauche anti-coloniale, dreyfusarde, anticléricale, un brin autoritaire mais pas du tout socialiste : George Clemenceau. Il y a donc, dans l’histoire de la gauche française de la place pour une doctrine non spécifiquement socialiste et pas du tout marxiste. Doctrine portés autrefois par le radicalisme aujourd’hui éteint. Mais ni Valls, ni Hollande n’ont encore su moderniser et redonner corps au projet Républicain… Projet qui aurait pourtant de quoi enthousiasmer les cœurs de gauche. Pour cela il faudrait mettre l’accent sur les buts, plus que sur les moyens…Comme certaines religions, la gauche se définit elle-même trop souvent par ses outils, ses dogmes, ses interdits et pas par ce qu’elle veut fabriquer. Et paradoxalement c’est peut-être Emmanuel Macron, celui qui est présenté comme le fossoyeur de la gauche, qui tente –en fait- de renverser cette tendance. Il explique –dans la sulfureuse interview au Point- que la réglementation du travail, fruit d’un combat de gauche, protégeait des travailleurs. Aujourd’hui elle fragilise les chômeurs. Et qu’une forme de déréglementation pourrait bénéficier aux plus faibles. Droits formels contre droits réels…Voilà de quoi réfléchir pour la gauche, voilà aussi de quoi s’écharper sur les bons sujets. Il faudrait pour cela que dans « Université d’été » le mot important soit « Université ».

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