A chaque socialiste, son livre. "Pour en finir avec le vieux socialisme...et être enfin de gauche!" du député-maire socialiste Manuel Valls sort le 5 mai en librairie... Et c'est même à cela qu'on reconnait un quadra-quinqua socialiste qui aspire aux plus hautes fonctions dans son parti et pourquoi pas à la tête de la France: au fait qu'il se croit effectivement obligé de produire son petit opuscule... Pour répondre à des questions qui peuvent paraître simples, mais qui mobilisent toute l'intelligence de gauche aujourd'hui. Qui sommes-nous? La gauche a -t-elle encore quelque chose à dire, qui ne soit pas de droite? Est-elle héritière ou prisonnière de son passé? "Changer la vie" disait Rimbaud, "Transformer le Monde" professait Marx...Pendant longtemps, la gauche française s'est nourrie de cette dialectique...ce qu'il y a de détonnant dans ce livre d'entretiens de Manuel Valls avec le journaliste Claude Askolovitch, c'est qu'on est loin, très loin, de cet outillage intellectuel classique de la gauche, avec son panthéon de grands hommes et ses idées et idéaux indépassables...En l'espèce, ce n'est plus du dépoussiérage, c'est de la karchérisation... Manuel Valls ne veut plus transformer le monde, juste le "rendre vivable" dit-il...Le député- maire de banlieue, issu du rocardisme, défend un socialisme du réel, voire de la réparation. Il revendique son non-héritage révolutionnaire, dénonce le verbiage autour de 68 et dit son peu de goût des grands messes, "quand on communie dit il, on ne réfléchit pas". Il passe à la moulinette toutes les antiennes qui ont scandé l'histoire du parti, son anti américanisme, aveuglement tragique selon lui, son discours compassionnel et irresponsable sur l'immigration ou la pérénité d'un système de protection sociale à bout de souffle, préférant louer le social libéralisme à Blair, véritable optimisme du possible selon lui. Manuel Valls dit craindre la tentation coupable de la gauche française à se contenter de victoires locales, et si après tout, c'était bien confortable de ne plus jamais avoir à se salir les mains à gouverner s'interroge t il, quand il suffirait de protester...Son incapacité aussi à renouveler son mode de fonctionnement pour se contenter d'offrir ce spectacle désolant de hiérarques socialistes qui se retrouvent chaque semaine au bureau national, pour s'ennuyer, tellement s'ennuyer... Livre de réflexion identitaire, le livre de Valls est aussi un livre de conjoncture. Pourquoi Ségolène Royal a t elle perdu? Sans épargner sa candidate, il a le courage de dire que personne d'autre n'aurait pu gagner à sa place. Questions sur l'ouverture: Ceux qui étaient de notre côté hier et qui sont aujourd'hui face à nous ont-ils trahi ou la gauche les a t-elle à ce point désespérés? Questions enfin sur l'attirant-repoussoir...Celui que l'on taxe parfois de "sarko de gauche" laisse poindre son admiration; il reconnaît à Nicolas Sarkozy d'avoir ressourcé idéologiquement son camp, de l'avoir décomplexifié et d'avoir aussi sorti le débat public de la confusion...Mais "quel sarkozy l'emportera dans l'histoire s'interroge t il...Celui de la rupture, de la transgression, de la refondation ou celui de l'argent, du cac 40 et de l'audimat"? Alors, certainement ses amis ne vont ils retenir du livre de Valls, qu'une ou deux formules, et une seule intention: "il faut tout changer au PS, jusqu'à son nom, c'est daté" affirme t-il,"ni DSK, ni Fabius, ni Hollande, ni Aubry, ni Royal ni Delanoe ne devraient être candidats à l'élection présidentielle, l'immortalité en politique c'est pathétique"..Alors qui? Ben, lui évidemment...Lui ou un autre "jeune", mais enfin plutôt lui. Ses amis applaudiront donc à cette franche ambition, débarassée de ses oripeaux idéologiques, les autres, et ils sont très nombreux au PS ne retiendront que la première partie du titre choisi par Manuel Valls "pour en finir avec le vieux socialisme"...pour lui reprocher, de n'avoir plus rien de socialiste, et lui rappeler éventuellement, preuve à l'appui désormais, qu'il ne l'a même jamais été...la preuve, il finit par préférer Clémenceau à Jaurès, celui qui construit des catédrales républicaines, à celui qui n'a fait que les rêver. Une transgression idéologique pardonnable à droite..mais le sera t elle à gauche?

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