Marc Fauvelle.

70 ans après le premier vote des femmes, vous nous dites qu'il ne s'est pas passé grand chose pour la parité...

Ce n'est pas faute d'avoir voté des lois, affiché des grands principes, fait des beaux discours, et même inscrit la parité dans la Constitution, non, la France continue à freiner des quatre fers dès qu'il s'agit de passer à l'épreuve des faits. La parité aujourd’hui dans notre pays est un mythe, à quelques exceptions près. La première, la plus visible, c’est bien sûr la photo de famille du gouvernement, composé à égalité d’hommes et de femmes ministres. C'était une promesse de François Hollande, et on peut être sûr dès aujourd’hui que le prochain locataire de l’Elysée -quel qu'il soit, et c’est tant mieux- fera la même chose. Mais cette parité au sommet de l’Etat est un cache-sexe, car en dessous, c’est à dire absolument partout, les femmes s'arrêtent aux portes des assemblées : 27% de femmes députées seulement, 25% de sénatrices, 16% des maires, et palme toute catégorie de la concentration de testostérone au mètre carré, les conseils régionaux, avec 92% d'hommes !

La France s'est pourtant dotée d'un arsenal législatif, mais à chaque fois, le réflexe pavlovien des partis a joué à plein.... Ainsi l’UMP préfère toujours sortir le carnet de chèques plutôt que de présenter autant de candidats des deux sexes aux législatives. Résultat, il lui en coûte 4 millions d’euros d’amendes chaque année, soit l'équivalent d'un sarkothon tous les 3 ans ! On pourrait citer aussi la grande arnaque des dernières élections départementales, où après avoir élu, grâce à une loi unique au monde, des binômes hommes-femmes dans chaque canton, ces assemblées parfaitement mixtes ont élu à leur tête 92 hommes et 8 femmes pour diriger les départements...

Est-ce que cela signifie que la classe politique reste un milieu sexiste ? Non, ou en tous cas, pas plus que dans le reste de la société. On ne peut pas tout demander à la classe politique, alors même qu’on continue de supporter des différences de salaires effarantes entre hommes et femmes. Alors entendons-nous bien, ça ne veut pas dire qu’il faut tout tolérer, bien au contraire… Les caquètements d’un député à l’Assemblée, quand une femme prend la parole ne sont pas de l’humour potache mais du sexisme bassement ordinaire. Les critiques régulières sur le physique avantageux de telle ou telle femme ministre n’ont rien à faire non plus dans le vocabulaire politique.

Dans un documentaire diffusé dimanche dernier sur France 3, et consacré justement aux mâles dominants en politique, Cécile Duflot raconte comment, tout juste nommée ministre, elle a osé demander à François Hollande s’il n’était pas envisageable de décaler le jour du conseil des ministres, fixé au mercredi, pour lui permettre de voir ses enfants ce jour-là… Ce n’est pas l’anecdote qui est la plus intéressante, mais le fait que presque trois ans après, Cécile Duflot la raconte en rougissant, et regrettant presque ses propos, comme si le fait d'être mère et ministre sonnait comme un aveu de faiblesse. Alors faisons un pari : disons que la parité aura fait un grand pas, lorsqu'un ministre homme fera la même requête, lui aussi pour s’occuper de ses enfants. Mais surtout, qu’il la fera sans rougir !

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