Nouveau gadget participatif ? Et si le tirage au sort de 150 citoyens courant juin, pour décider de la transition écologique, préfigurait un nouvel équilibre des pouvoirs ? Chiche !

L’édito politique, avec Yael Goosz. Le Président fixe le cap et le gouvernement, réuni en séminaire, met en musique. C’est très classique, tout ça, Yael…

Oui, répartition des rôles dans la plus pure logique de la 5ème République. Mais l’effet « waouh » annoncé, pour parler comme les communicants d'En Marche, est peut-être ailleurs, à retardement, et pas là où on l’attend. Dans une réforme passée sous les radars et qui pourrait faire "turbuler" le système. 

Ce sont 4 initiales qui bientôt deviendront 3 : CESE, pour Conseil Economique Social et Environnemental, CESE qui va muer, après la réforme des institutions cet été au Parlement, en CPC, Conseil de la Participation Citoyenne. 

Commençons par ce qui existe déjà : le CESE, on visualise le palais d’Iena tout en béton, mais qui le connaît vraiment ? Conseil économique sous la 4ème République, social depuis 1958, et « environnemental » depuis 2008. C’est la 3ème chambre, elle travaille dans l’ombre des deux autres, Sénat et Assemblée. Censée être le poumon de la société civile. Chambre discrète, parce que petit budget. 40 millions d’euros par an. 8 fois moins que le Sénat. 15 fois moins que l’Assemblée. Sorte de temple des corps intermédiaires, on comprend mieux pourquoi le Président s’y intéresse.

Mais où sont les citoyens ? 

C’est là que ça va "turbuler". Dans l’indifférence quasi générale, le CESE s’est penché très tôt sur la crise des gilets jaunes. En faisant travailler 28 citoyens, tirés au sort, et représentatifs de la population. 4 week-ends en ateliers. Frais de repas et d'hôtels pris en charge. 80 euros d’indemnités journalières (comme le sont les jurés d’assises). Et un rapport rendu mars. 

En juin, on va passer à la phase industrielle. 150 Français seront tirés au sort pour plancher sur un enjeu majeur : définir la transition énergétique, logement, transport, mort ou survie de la taxe carbone. 

Un gadget participatif de plus ? Pas si la promesse d’Emmanuel Macron est tenue, et qu’effectivement ce qui sort est soumis « sans filtre » à référendum ou au vote des parlementaires. Là, on ne serait plus dans la "consultation" pour éclairer le décideur, dans le classique « avis rendu non contraignant », mais bien dans un nouvel équilibre des pouvoirs ! 

La France découvre ce qui a déjà fait ses preuves ailleurs en Europe, en Irlande notamment, où une convention de ce type, a permis de régler la question du droit à l’avortement ou celle du mariage homo. Preuve qu’il existe des outils pour avancer et débloquer le vieil échiquier politique. 

Alors, définir la transition écologique, remplir cette page laissée blanche par le Président, c’est une lourde et belle responsabilité. 

Mais à quelles conditions, Yael ?

Que le mandat des 150 citoyens soit limité dans le temps : Patrick Bernarsconi, qui préside le CESE, suggère de refaire un tirage au sort tous les ans. Bonne idée, mais il faudrait aussi élargir le champ d’intervention… A l’économie, à la fiscalité. Pourquoi y aurait-il des domaines forcément réservés ? 

Enfin, l’essentiel : un pouvoir bousculé tend la main… Il faut la saisir. Etre tiré au sort pour explorer avec d’autres comment faire société, ce serait une contrainte ? Non, un honneur ! 

Lors du grand débat, les organisateurs des conférences citoyennes se sont arraché les cheveux pour trouver du monde (en moyenne 8 à 9 refus sur 10 sollicitations). C’est facile de disserter sur Jupiter, mais quand il s’efface, même un peu, ce serait dommage de déserter. 

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