« En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées ». Vous vous rappelez ce slogan publicitaire dans les années 70, sous Giscard, après le choc pétrolier. Notre pays a toujours été fier de ses fleurons technologiques, symbolisés par le Concorde, qui nous ont permis, bien après la décolonisation, de nous distinguer sur les marchés mondiaux. Le problème aujourd’hui – faut-il y voir un effet de la crise - est que ces idées, made in France sont de plus en plus difficiles à vendre. Nicolas Sarkozy s’est pourtant dépensé sans compter avec Abou Dhabi, depuis la signature le 15 janvier dernier d’un accord de coopération nucléaire. Claude Guéant a multiplié les allers-retours aux Emirats. Rien n’y a fait. Les centrales coréennes, vieillottes, moins sûres, ont battu à plate couture nos EPR, dernier cri. Que s’est-il passé ? L’Elysée ne fait aucun commentaire sur cet échec, très mal venu en cette fin d’année. Le chef de l’Etat s’y attendait lui-même. A qui la faute ? L’entourage présidentiel désigne Anne Lauvergeon, la patronne d’Areva suspectée d’avoir mal négocié. EDF également ne serait pas entré assez vite dans le jeu. L’Elysée ne pouvait donc qu’échouer, se justifie un conseiller. Mais ce n'est pas la seule explication. Il y a le produit lui-même. L’EPR est une technologie qui doit encore faire ses preuves. Qui donc irait se risquer à l’acheter maintenant ? Et puis il y a le prix, trop élevé. A gauche, le socialiste Michel Sapin juge dépassée la méthode présidentielle, qui consiste à se déplacer en grande pompe avec ses ministres, pour tenter de vendre ses centrales et ses Rafale. « ça fait gaulliste mais pas gaullien », explique Michel Sapin, « les clients sont plus pragmatiques, ils n’achètent que si le produit est au meilleur prix ». Pour Guillaume Bachelay, « le volontarisme sans les outils, ce n’est juste que de la com ». Le secrétaire national chargé de l’industrie au PS dénonce l’échec d’une politique énergétique qui a séparé Areva d’EDF, et qui ne se serait pas doté d’un pôle énergétique suffisamment costaud au niveau international. Il y a enfin cette interrogation sur le choix du tout nucléaire, voulu par Nicolas Sarkozy. Le Grenelle devait donner une large place à la diversification en matière de production d’énergie. Les Français doivent se contenter d’une énergie fossile qui certes ne produit pas de gaz à effet de serre, mais dont les déchets vont rester un fardeau pour l’humanité. En France, nous n’avons pas de pétrole, nous avons toujours des idées, et nous aurons bientôt les déchets.

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