La récente passe d’armes entre Chantal Jouanno et Rachida Dati a fait de Paris le théâtre d’un affrontement qui nous projette, déjà, dans l’après-Sarkozy. La bataille qui vient de s’ouvrir pour la conquête de la capitale en 2014 aurait peut-être inspiré Eugène Sue, en d’autres temps, pour en tirer une suite de ses Mystères de Paris : Chantal la batailleuse contre Rachida l’ambitieuse. Je vous rassure tout de suite : les municipales, c’est loin. Nous aurons eu auparavant une overdose électorale, avec des cantonales et des sénatoriales en 2011 et la présidentielle de 2012 suivie des législatives. Et c’est là que les ennuis commencent. Parce qu’en toile de fond de la dispute Jouanno-Dati se dessine la rivalité entre François Fillon et Jean-François Copé pour la conquête de l’Elysée en 2017. Ces deux-là voient loin, très loin ! (À titre de comparaison, j’ai décidé à peine hier ce que j’allais faire pour le réveillon du jour de l’an). L’histoire est connue : tout a commencé par une provocation de Chantal Jouanno, qui a annoncé son envie d’un ticket avec François Fillon en 2014 à Paris et s’est payée au passage Rachida Dati, qui lui a répondu du tac au tac. Nicolas Sarkozy a piqué une colère et a demandé aux filles de se calmer. Rachida Dati, maire du 7ème arrondissement, convoite la circonscription de Jean Tibéri, qui a promis de ne pas se représenter, négociant en échange la tête de la fédération UMP locale pour son fils Dominique, et pourquoi pas la mairie du Vème. Le Tibériland serait également un point de chute idéal pour François Fillon, qui, une fois élu député, pourrait ensuite partir à la conquête de Paris. « C’est bien pour lui… s’il en a envie », a confié Nicolas Sarkozy. Mais le scénario déplait à Jean-François Copé : Imaginez un instant : le PS se déchire dans une guerre de succession à Bertrand Delanoë. Et François Fillon devient maire de Paris ! Un beau tremplin pour l’Elysée, comme Chirac jadis. Jean-François Copé n’en veut surtout pas, et du coup soutient discrètement Rachida Dati. Ces rivalités parisiennes peuvent paraître dérisoires, mais elles montrent qu’une page de la Sarkozie a bel et bien été tournée. Rachida Dati a été l’emblème de la diversité au début du quinquennat. L’ex-garde des sceaux, brouillée avec le chef de l’Etat, a rejoint depuis le camp chiraquien, même si elle opère depuis un discret rapprochement avec l’Elysée. Quant à Paris, joyau de la couronne, le chef de l’Etat semble prêt à l’abandonner à ce Premier ministre si différent de lui, et qui le nargue dans les sondages. Paris symbolise aussi la petite mort de l’ouverture : Françoise de Panafieu, député UMP du 17ème arrondissement, en rivalité avec Bernard Debré, veut jeter l’éponge et réclame, avec le soutien de Simone Veil, le poste très convoité de défenseur des droits, qui semblait promis à Jack Lang ou à Bernard Kouchner. Nicolas Sarkozy est en passe d’accepter. Tout comme les icônes de sa présidence, l’ouverture a vécu. Le chef de l’Etat ne fait même plus semblant. Lui qui veut par tous les moyens remonter dans les sondages va donner tous les gages possibles à son propre camp. La rupture avec les chiraquiens, elle aussi, appartient au passé. Nicolas Sarkozy a besoin de tout le monde derrière lui en 2012, il veut être réélu. Une dernière fois.

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