La proposition de François Hollande de taxer à 75% les revenus supérieurs à un million d’euros par an, fait l’actualité.

Et là il faut vraiment poser la question. François Hollande a-t-il fait cette proposition parce qu’il pense que ce serait une bonne mesure ou parce qu’il pense que ça ferait une bonne annonce ? Autrement dit cette proposition est apparue dans le débat parce que François Hollande, après y avoir réfléchi, après avoir sous-pesé ses conséquences politiques et économiques, s’est dit : « tiens, je ne l’avais pas mis dans mon programme mais finalement elle est nécessaire ? » ou alors voulait-il simplement reprendre la main dans le débat public du moment ? Poser la question, c’est y répondre. D’ailleurs les proches de François Hollande y répondent. Benoît Hamon et Michel Sapin ont dit hier que le candidat avait le droit de ménager des surprises… Comme si par stratégie, dans le jeu de jambes entre candidats, les citoyens étaient maintenant réduits au rôle de spectateurs qu’il faudrait épater, surprendre. L’idée de taxer à 75% les très riches a une portée symbolique assez forte et ne choquera pas vraiment la masse des Français exaspérés par l’accroissement des inégalités mais cette idée est clairement lancée pour occuper le terrain médiatique et créer du clivage binaire bien classique. Et c’est réussi parce que, hier, le président du groupe UMP à l’Assemblée qualifiait cette proposition de soviétique et ce matin, les titres du Figaro , de Libération et du Parisien-Aujourd’hui en France sont sur ce sujet et pas sur l’éducation, le thème choisi cette semaine par le Président. En matière de grosse caisse et de bruit médiatique le candidat socialiste l’emporte. En matière de vrai débat, personne ne l’emporte.

L’enjeu, c’est simplement la maîtrise de l’agenda médiatique ?

Oui… et ça s’appelle la prop-agenda en communication politique, la propagande par l’agenda. Cette technique à base d’annonces spectaculaires, nous l’avons maintes fois décrite ; la campagne de 2007 n’a été qu’une série d’annonces frappantes dans les deux camps. Il faut dire qu’il s’agissait à l’époque de sortir du ronron habituel d’une vie politique soporifique. Sarkozy et Royal avaient secoué les débats, d’ailleurs la campagne de 2007 s’était soldée par une très forte participation et le retour du volontarisme. La suite nous a surtout montré que cette politique d’annonces était une forme de « bougisme », une guerre de mouvements assez vaine. Nicolas Sarkozy a continué à gouverner en multipliant les annonces pour nous alimenter, nous les médias. Et nous suivions, passant d’une annonce à l’autre. Mais ces derniers mois on avait l’impression que les politiques avaient compris que nous, les médias, et la population, nous avions compris le côté mouvement perpétuel de cette façon de faire de la politique. François Hollande d’ailleurs avait bâti, en partie, son succès sur ce refus de l’agitation, de l’annonce effrénée. Il ne se trompait pas de bataille, ne voulait pas refaire 2007… Et puis Nicolas Sarkozy rentre en campagne en remettant ça ! Les annonces de référendum spectaculaires et clivants. Et voilà que François Hollande lui emboîte le pas ! L’annonce surprise qui stupéfait même celui qui est chargé de la fiscalité dans son équipe ! Si l’on sait que ce n’est pas efficace pour gouverner, au moins ça l’est peut-être pour se faire élire ! Il y a quelques semaines certains disaient de François Hollande qu’il se « ségolènisait »… Là, il serait plutôt en train de se « sarkoïser » en agissant ainsi. Seulement, attention ! En matière de « sarkoïsation », forcément, Nicolas Sarkozy sera imbattable.

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