A Paris, le socialiste Bertrand Delanoë pourrait faire affaire avec la candidate du Modem, Marielle de Sarnez, après le premier tour seulement. Mais ce n'est pas l'unique stratégie de François Bayrou. Une stratégie électorale qui est même multiforme. Il faut dire que François Bayrou doit pallier un handicap majeur dans cette bataille électorale : faire face à la déperdition massive de ses élus avant même l'élection. Ex parti d'élus, l'UDF s'est fracturée depuis 2001 en de multiples centres, vrai, faux, demi et crypto centres... De l'UMP, au Nouveau Centre, en passant par le tout récent Avenir démocrate de Cavada, le Modem a beau se revendiquer comme le canal historique du centrisme, un démocrate chrétien du 20ème siècle n'y retrouverait pas ses petits. Alors pour ces municipales, François Bayrou dont l'objectif est de ne pas dilapider le magot présidentiel de ses quelque 7 millions de voix, autant que de reconstituer un maillage de terrain, s'est adapté à chaque situation locale. Impossible vu le contexte de se draper partout, de son blanc et virginal manteau en déclarant, "c'est nous, seuls contre tous". Cette stratégie d'indépendance, le Modem l'a néanmoins mise en oeuvre dans plus de 400 villes, 70% des villes de plus de 30 000 habitants auront leur liste "orange" et ces villes concentreront évidemment tous les regards. C'est le cas de Paris, où Marielle de Sarnez espère être en mesure de faire gagner l'un ou l'autre camp, avec une préférence pour Bertrand Delanoë si on l'a bien écoutée hier sur France Inter. C'est évidemment le cas à Pau où François Bayrou part en solo, et joue sa crédibilité de principal opposant à Nicolas Sarkozy. En face de lui, comme pour souligner le drôle d'émoi dans lequel il plonge l'Elysée, un attelage baroque, le maire sortant ex socialiste soutenu par l'UMP. Ce n'est plus de l'ouverture à ce niveau là, c'est de la confusion. Technique Oursin donc, qui s'y frotte s'y pique, avec quelques variantes. Crabe par exemple à Strasbourg, où c'est le Modem cette fois qui a joué l'ouverture en offrant à l'ex numéro 1 des Verts Yann Wehrling de se joindre à sa liste Ou Oursin qui manque de piquant. A Lyon, le Modem fait normalement liste à part, mais la tentation de rejoindre au plus vite Dominique Perben, afin de conserver la présidence du conseil général du Rhône qui se joue en même temps, est grande chez certains orangistes. Ou enfin carrément plateau de fruits de mer ! Avec des Modem mélangés à des verts et des socialistes, c'est le cas à Vénissieux, Antony ou Nancy. Mais, François Bayrou a parfois dû aussi jouer au... Bernard Lhermitte. S'installer douillettement chez les autres. A Bordeaux et à Périgueux, le Modem a fait alliance dès le premier tour avec Alain Juppé et Xavier Darcos. On parle "partenariat" "projet commun", pas du tout bien sûr équilibre des forces en Aquitaine, sur le thème "je concours à la survie politique de l'ex premier ministre à Bordeaux, je m'attends à un peu de mansuétude de sa part dans ma bonne ville du Béarn." Mais à Dijon, Grenoble ou Roubaix c'est sur les listes emmenées par les socialistes que le Modem fait le Bernard Lhermitte. S'il fallait résumer ? Impossible. Coincé entre sa farouche volonté d'autonomie vis à vis de l'UMP et la cruelle réalité de l'état de ses troupes, François Bayrou a fait comme il a pu, il a bricolé. En nombre d'élus, il est le seul à avoir déjà perdu ces municipales avant même qu'elles n'aient eu lieu. Mais en terme d'affichage, rien n'est joué. Une ville de gagné en solitaire ou en duo au second tour effacerait d'un coup, tous ces marchandages de... Marchand de poissons !

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