Ce matin : le divorce à gauche…

Oui, le vieux couple des deux gauches a une très longue et mouvementée histoire de famille. Il y en a eu des controverses et des lunes de miel, du débat Guesde/Jaurès en 1900 sur la République à la gauche plurielle en 1997 ! Une histoire contrastée mais commune. Contre la droite, ces deux gauches finissent immanquablement par se faire la courte échelle. En politique, être de la même famille c’est avoir des références historiques et symboliques partagées et avoir une même vision de la société souhaitée. Un communiste, altermondialiste, et un social démocrate fédéraliste européen vibreront tous les deux à l’évocation du Front populaire et préféreront toujours une Louise Michel à un Adolphe Thiers. Ils seront sur le même pavé pour le mariage homosexuel. On peut différer –même largement- sur les chemins à emprunter mais le but est peu ou prou le même. La gauche c’est ça, c’était ça. Dans un couple qui se défait-il y a souvent une longue érosion indécelable à l’œil nu et puis un jour, un mot, une cassure fait basculer l’histoire. Sur le moment on ne se doute pas du poison qui vient d’être instillé. Ce n’est pas forcément une dispute spectaculaire, ce peut être comme une fêlure invisible mais qui fragilise tout l’édifice de façon irrémédiable. On s’en aperçoit plus tard, on dit « c’était ce jour-là » ! Eh bien à gauche, ce jour-là est peut-être arrivé.

Que s’est-il passé pour que vous entrevoyiez ce divorce ?

« Un petit rien, une broutille », comme il est dit dans « Tout va très bien Madame la Marquise » : en fin de semaine dernière, Jean-Christophe Cambadélis, député socialiste de Paris, a écrit à Jean-Luc Mélenchon pour lui reprocher que rien, dans l’action de ce gouvernement de gauche, ne trouve « grâce à ses yeux ». Jean-Luc Mélenchon venait de lancer à Metz sa « campagne contre l’austérité ». C’est du sévère mais du classique ; et puis ce week-end est venue la réponse à la missive de Cambadélis. Eric Coquerel, le secrétaire national du parti de gauche, très proche de Mélenchon dit ceci : "Avec le PS, on ne partage plus les mêmes objectifs". Voilà la sentence ! Ce n’est qu’une petite phrase, prononcée seulement par un cadre inconnu du grand public. Mais c’est un coup de canif dans un contrat, la rupture avec la tradition… en tout petit, comme un point d’impact sur un pare-brise. Cette brisure ne se verra pas tout de suite. Ils vont rester encore ensemble pour les enfants ! C’est-à-dire pour les élus… Le PC, qui détient 30 mairies et un groupe parlementaire grâce aux alliances électorales ne passera pas le Rubicon ! Sa critique sera radicale mais elle sera toujours dans le cadre familial. En revanche, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, qui attend les européennes, élections proportionnelles à un tour, ne sera pas dans cet état d’esprit. Et au-delà des considérations tactiques, Eric Coquerel a prononcé une vérité politique : la mondialisation et la déculturation politique changent la donne : l’histoire commune pèse de moins en moins lourd face aux différences sur la dette, sur l’Europe ou sur l’accord passé sur la réforme de la législation du travail. La vision du monde n’est plus la même… mais notre système politique imposera encore quelques temps ce jeu de rôles qui simulera une vie de couple hypocrite… pour la soupe, le couvert et le regard du voisin de droite.

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