Vous revenez ce matin sur l’origine du projet d’extension de la déchéance de la nationalité… ou comment trop de tactique ruine la politique.

Oui, retournons au point de départ du processus qui a abouti à ce que François Hollande finisse par se couper le bras gauche et par dilapider l’impression, très favorable, de sa gestion, tant humaine qu’opérationnelle, des périodes d’attentats. Même s’il est toujours délicat, voire un peu indécent, de calculer, d’évaluer le bénéfice politique que le président peut retirer de telles périodes, ce sont quand même des moments qui révèlent l’épaisseur d’un homme d’Etat. Tous ceux qui ont vécu la gestion de ces évènements de près sont d’accord pour dire que François Hollande a été tout à fait à la hauteur. Mais cette période exceptionnelle ne pouvait souffrir d’aucune tactique politique classique. Ce ne fut d’ailleurs pas le cas… Jusqu’à Versailles. Versailles, le 16 novembre, devant les quelque 900 sénateurs et députés réunis en Congrès, devant le pays, le Président prononçait un discours solennel, nécessaire et salué. Mais dans ce discours, il y avait l’idée d’étendre la déchéance de nationalité pour les terroristes condamnés, binationaux, nés en France et l’idée de constitutionnaliser les règles de l'état d’urgence. Le président avait annoncé que l’ensemble de ses propositions serait transmis, comme il se doit, pour avis au Conseil d’Etat. Il s’engageait (là, il n’en était pas obligé) à respecter l’avis des conseillers d’Etat. Ce faisant, il se disait que, sur l’extension de la déchéance de la nationalité, le Conseil d’Etat émettrait au moins des réserves. Réserves qui lui auraient permis de ne finalement pas légiférer sur la déchéance. D’en rester là. Le simple fait d’avoir proposé cette idée défendue depuis longtemps par la droite, aurait suffi à montrer sa bonne volonté et à construire une Union Nationale, à moindre frais politiques.

Mais ça ne s’est pas passé comme ça !

Non, justement parce que de la tactique s’est introduit dans ces moments si particulier, si grave. Le secrétaire général du gouvernement, Marc Guillaume, a donc transmis les projets du président au Conseil d’Etat… mais ce qu’espérait le président ne s’est pas produit ! Le Conseil d’Etat n’est pas simplement la plus haute juridiction administrative, c’est aussi un organe de conseil (c’est marqué dessus) et faisant son métier de conseiller, il a cru bien faire en disant en substance « il y a un doute sur la constitutionalité de l’extension de la déchéance, donc il faut que vous l’intégriez à votre réforme de la constitution ». En fait le conseil d’Etat à trouver une solution à un problème posé par le Président. Mais le Président, pour des raisons tactiques, ne voulait pas du tout que le problème soit résolu ! En politique, quand on est trop tordu, parfois, les problèmes sont faits pour rester des problèmes ! La morale de l’histoire, c’est que la petite tactique n’est jamais à la hauteur des grands évènements. François Hollande est puni par là où il a pêché. L’habileté n’est pas de mise face au tragique de l’histoire.

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