C’est ce qu’a constaté Valérie Pécresse, sifflée à la tribune par les délégués du parti.

Cette scène est un classique à droite. La tradition bonapartiste fait que l’âme militante, attachée au chef, vit la diversité comme, au mieux une division, au pire une trahison. En 2016, les foules d’un parti redevenu sarkozyste conspuaient Alain Juppé, accusé de dérive centriste et de déviationnisme bobo. Nicolas Sarkozy, lui-même, avait subi une telle bronca, certes désagréable, mais qui donne au supplicié (aux yeux de l’ensemble de l’opinion) une image de martyre courageux face à une meute sectaire. En 1995, juste après l’élection de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy (qui avait choisi Edouard Balladur à la présidentielle) se faisait aussi siffler et même cracher dessus dans les réunions de son parti. Une vindicte d’une violence inouïe qui avait profondément marqué celui qui deviendrait président 12 ans plus tard. A tel point que lorsqu’il a repris le parti, (devenu UMP) en 2007, et même si sa stratégie et son tempérament le portaient au clivage et à la transgression, il a pris soin de tenir les 2 bouts de la droite, autoritaire et modérée. Laurent Wauquiez ne doit pas s’opposer à la gauche mais au centrisme macronien… les 2 bouts qu’il doit tenir sont de droite et d’extrême droite. Voilà pourquoi l’hostilité manifestée samedi à l’égard de Valérie Pécresse n’est pas de même nature. Il s’agit bien de la naissance de 2 droites divisées par une question essentielle. 

Irréconciliables ?

Et bien, par le passé, droites gaullistes et démocrate-chrétiennes, conservatrices et centristes, autoritaires et libérales… et même souverainistes et européennes, étaient différentes mais se considéraient comme des branches d’une même famille, d’un même camp, face à la gauche. Aujourd’hui, même si Valérie Pécresse dit encore que la droite est réconciliable, on sent bien que, pour elle, la condition de cette réconciliation serait un changement radical d’orientation politique du nouveau patron de LR. Pour beaucoup d’autres leaders de la droite (Xavier Bertrand, Alain Juppé), le lien est rompu. Quelle est la raison de ce divorce ? Pourquoi, cette fois-ci, plus que lors de toutes les dissensions de la droite qui nous ont fourni tant de matière à chroniques par le passé, peut-on dire que papa et maman ont peu de chances d’habiter à nouveau sous le même toi ? Tout simplement parce qu’entre les deux tours de la présidentielle, à un moment crucial, la droite s’est divisée, non pas sur un bouclier fiscal ou sur l’âge légal de départ en retraite, ni même sur une question de personne ou d’égo… mais sur l’attitude à avoir face au FN. Laurent Wauquiez n’a pas voulu choisir entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Cette dissension-là est la preuve qu’à droite, il y a désormais 2 visions opposées à propos de ce que devrait être la société. Se quereller sur l’itinéraire pour atteindre un même but c’est classique dans un couple, mais quand on constate qu’on ne veut plus aller au même endroit, il ne reste plus qu’à se séparer. La droite en est là.

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