La limitation à 80 kilomètres/heure en débat et cette question simple : quel est le chiffre, le taux, que l’on veut faire diminuer ?

Celui de l’impopularité des responsables politiques ou celui des morts sur la route et de l’émission de carbone dans l’air ? 

Si c’est le premier, alors il faut revenir sur les 80 km/h, si c’est les seconds, alors il faut garder la mesure sur l’ensemble du réseau routier, au moins pour la tester quelques années. Convenons que les élus de terrain, qui se voient constamment interpellés au sujet de cette mesure impopulaire, sont tentés par la fameuse injonction de Pompidou (utilisée à toutes les sauces) "arrêtons d’emmerder les Français" et donc par un assouplissement. Dès lors, à l’issue du grand débat, il y a toutes les chances pour que la limitation à 80 soit maintenue mais que soit dévolu aux présidents des conseils départementaux le soin de déterminer les exceptions : les routes sur lesquelles le 90 pourra être maintenu.

Les élus locaux ne sont-ils pas les mieux placés pour en juger ?

Eh bien non. S’il y a un domaine où il faut faire confiance aux spécialistes (osons le gros mot, aux technocrates), c’est bien celui-là. Il n’y a rien de plus contre-intuitif que l’accidentologie. Ce sont (hors autoroutes) sur les routes droites, apparemment sûres, bref celles sur lesquelles on s’autorise à aller vite, qu’il y a le plus de morts. Alors que sur les petites routes tortueuses, sur lesquelles on ne peut pas aller vite, on constate moins d’accidents. La mortalité dans les Alpes n’est pas plus élevée que dans la plate Beauce ! Mais le fait qu’après des décennies de 90 sur une route de son environnement, de son trajet quotidien, on doive passer à 80, donne une impression de lenteur et d’ennui mortel. 

Si un président de département veut faire plaisir à son opinion, il laissera le 90 sur les routes droites (et donc dangereuses). Les 80 sont devenus l’insupportable acte vertical, étatique, le plus visible et concret. Il est donc devenu symbolique et, de ce fait, ne peut plus être traité de façon rationnelle. Garder les 80 km/h généralisés serait un signe de courage mais si, en même temps, cela devait crisper une grande partie de la population et nourrir la défiance envers les politiques, le courage (aussi vertueux soit-il) serait contre-productif. C’est ce qui se passe avec l’incroyable vandalisme antiradars qui rend la mesure en partie inopérante. 

Mon opinion sur le sujet s’est forgée en confrontant les arguments des élus locaux qui en veulent au Premier ministre aux arguments des accidentologues qui craignent que le gouvernement revienne sur une mesure de sécurité et d’écologie. Mais surtout en faisant des stages de récupération de points ! Et oui... j’en suis à mon troisième ! Ces deux jours a priori rébarbatifs vous remettent les idées en place et vous permettent (sans que l’on vous culpabilise ou vous fasse la leçon) de comprendre bien des mécanismes et des logiques, des conséquences insoupçonnées de la vitesse ! Bref de casser bien de fausses évidences et comprendre la complexité du problème. Mais en ces temps de "gilet-jaunisation" forcée de tous les sujets, la complexité n’est pas particulièrement de mise.

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