Le président réfléchit à un geste mémoriel à propos de la guerre d’Algérie.

Quel geste symbolique ?  

Et on lui dit "Monsieur le président, bon courage !" tant tout ce qui touche à l’Algérie comporte sa dose de TNT politique. La question algérienne est un poison lent, une injustice due à tant de crimes oubliés, minimisés. 

Emmanuel Macron a déjà dénoncé la colonisation. En 2017, il parle de "crime contre l’humanité’" en 2019 de "barbarie". Ça fait un peu scandale mais il s’inscrit dans la lignée respectable d’un Clémenceau anticolonialiste ou d’un Rocard engagé en politique pour la décolonisation. 

Le président a déjà fait un geste marquant en rétablissant officiellement une vérité niée : la responsabilité de l’Etat dans la torture et la mort de Maurice Audin, mathématicien communiste, militant de l’indépendance algérienne. L’armée n’avait, fort heureusement, pas moufté après ces propos. Mais l’organisation d’un geste symbolique de vérité historique plus globale est un défi nécessaire pour une grande partie des Français, notamment issue de l’immigration. Et puis, il faut bien un jour solder l’affaire afin aussi de tarir le bouillon victimaire qui nourrit le ressentiment. Mais on ne sait rien, pour l’instant (le président non plus visiblement), de la forme que pourrait prendre cet évènement. 

Quelles sont les options ? 

  • Option 1 : Ce pourrait être une action binationale, avec l’Algérie… Par exemple : enfin signer un traité de paix – ça n’a jamais été fait. Jacques Chirac l’avait envisagé. Le pouvoir algérien vit toujours sur le mythe fondateur (surexploité et manipulé) de cette libération. Voudra-t-il revisiter (pour plus de vérité) ce moment avec la France ? Pas sûr ! Si oui, comment le peuple algérien, qui manifeste pour plus de démocratie, verrait ce geste de Paris ? Un signe amical envers l’Algérie ou envers le pouvoir honni ? 
  • Option 2 : un discours franco-français. Faut-il se cantonner à la guerre d’Algérie, aux 130 ans de colonisation ? Dénoncer, évoquer, reconnaître les dizaines de milliers de morts de Sétif en 1945, les tortures, le napalm, les enfumages, les déplacés de force, le massacre d’octobre 1962 à Paris ? Aller plus loin et qualifier l’ensemble de la colonisation : une faute, une tache, un crime ? Quid des rapatriés, des harkis, de la mémoire des victimes civiles du FLN ? 

À n’en pas douter, Emmanuel Macron sera accusé de sombrer dans les affres de l’auto-flagellation nationale, de la repentance, peut-être même de pratiquer du clientélisme mémoriel, du communautarisme historique. Pour un tel discours, l’évidence de la date anniversaire des accords d’Evian, mars 2022, est à exclure, c’est un mois avant la présidentielle ! Si malgré ces multiples embûches, Emmanuel Macron arrive, comme Jacques Chirac en 1995 au Vel d’hiv (contre l’avis des gaullistes et des mitterrandistes pur jus) à rétablir la vérité, donc la justice… à en finir (officiellement au moins) avec le reste de nostalgie de l’empire, il aura œuvré à la cohésion nationale. Et puis (là on redescend un peu), pour ceux qui cherchent des morceaux de gauche dans le macronisme. Il n’y en a pas tant que cela… en voilà ! Ce n’est pas gagné !

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