Le grand emprunt, annoncé la semaine dernière par Nicolas Sarkozy, est-il une bonne idée ? Poser la question comme ça revient à se demander si un couteau est dangereux ou non. Ça dépend à quoi il est utilisé ! Mais laissons ce débat aux économistes ! Sur un plan politique, l’emprunt est aussi une arme à double tranchant. C’est un objet de fantasme, un sésame ou une catastrophe. Ecoutez bien ses promoteurs et ses détracteurs et notez bien le vocabulaire qu’ils utilisent. Il en va de l’endettement comme du cholestérol. Il y a le bon et le mauvais. Avec le cholestérol, c’est assez simple. Une prise de sang et tout bon praticien fera la différence, sans conteste. Pour déterminer le bon emprunt du mauvais, les arguments sont, en revanche, contestables. Un exemple : généralement, on différencie les dépenses de fonctionnement des dépenses d’investissement. Emprunter pour les premières c’est pêcher, emprunter pour les secondes, c’est une bonne action. C’est simple et pratique pour le discours mais dans la plupart des cas, ça ne veut rien dire. Emprunter pour investir dans la recherche et l’innovation, voilà une bonne dépense. Tout le monde est d’accord... sur le principe. Mais généralement, les dépensiers laxistes, les paniers percés de l’argent public s’écharpent avec les rigoristes à courtes vues, les austères qui n’ont qu’une vision comptable de l’économie sur, par exemple, le nombre d’enseignants. La population scolaire baisse, il est donc de bonne économie d’adapter le nombre d’enseignants par un allègement. Ou alors le nombre d’élèves baisse mais les inégalités géographiques et sociales augmentent, la violence gagne l’école. Il faut maintenir ou même augmenter le nombre d’adultes dans l’éducation. Pour les premiers, on fait une économie de fonctionnement ; pour les seconds, on fait un investissement pour l’avenir. Lesquels ont raison ? Le problème c’est qu’objectivement, les deux. Aucune commission d’expert, aucun rapport de haut fonctionnaire ne pourra les départager. C’est une décision politique. Une fois qu’on l’a prise, dans un sens ou dans un autre, le langage d’accompagnement ne sera pas le même. Quand on veut dénoncer une dépense, on dit que ça creuse le déficit. A l’inverse, pour la même dépense repeinte en rose, on dira que l’on injecte des liquidités dans l’économie. Toujours cette métaphore médicale. Injecter des liquidités : on imagine la seringue salvatrice. Il y a aussi les discours moralisateurs et culpabilisateurs : les emprunts d’aujourd’hui sont les dettes de nos enfants, ou nos investissements d’aujourd’hui ce sont les équipements de nos enfants. Henri Guaino (invité à 8h20 sur France Inter) va probablement dire tout à l’heure que l’emprunt va « injecter » de l’argent dans l’économie ou qu’il va « irriguer » l’économie. Injecter ou irriguer, c’est quand même plus rassurant que noyer ou étouffer sous la dette. Les dépenses seront des investissements que l’on ne peut moralement pas refuser : pour préparer l’après crise, nous dit-on, pour nos enfants, pour sauver la planète ! Dire « non » ne serait pas citoyen ! Emprunter c’est d’abord la marque d’une politique plutôt de droite : l’emprunt Pinay, l’emprunt Giscard, l’emprunt Balladur. L’emprunt permet de financer l’économie sans recourir à l’impôt. Du moins dans un premier temps. L’emprunt est de droite également par son aspect plébiscitaire. Le nombre de souscripteurs sera observé et dénoncé par la gauche s’il est faible ou brandi par la majorité s’il est imposant. Les éventuels souscripteurs, eux sont pour l’instant dubitatifs, ils attendent, beaucoup plus prosaïquement de connaître le taux d’intérêt avant de se décider à sauver leurs enfants, la planète, l’univers et accessoirement le premier mandat de Nicolas Sarkozy.

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