L’affaire Woerth/Bettencourt tourne au dialogue de sourd entre la presse et le gouvernementOui, de la part d’Eric Woerth cela pourrait apparaître comme une simple et classique ligne de défense, « je suis une cible politique, je porte la réforme des retraites, les opposants à la réforme des retraites l’attaquent à travers moi». A l’UMP on dit : « Eric Woerth aurait pu être premier ministre, c’était l’homme en forme du gouvernement, vous, la presse vous le ciblez, vous voulez le détruire parce que vous êtes anti-sarkozyste ». On en est à peu prés là ! La défense par la victimisation est l’une des plus efficaces…mais le ton véritablement outré d’Eric Woerth dimanche dernier chez nos confrères de RTL pouvait laisser penser que ce n’est pas qu’une stratégie de défense. Ça parait incroyable mais figurez vous que le président, le premier ministre et la plupart des ministres ont l’air de ne pas comprendre ce qui choque dans cette histoire ! Ils ne comprennent pas que ce n’est pas normal d’être trésorier du parti majoritaire et d’être ministre du budget en même temps, que c’est mal venu d’être ministre du budget et de recevoir des dons pour le financement de son parti de la part de la plus grande fortune de France qui par ailleurs fraude le fisc. Que c’est très embarrassant que l’épouse du ministre du budget s’occupe des placements des revenus d’une personnalité qui finance le parti majoritaire…que c’est vraiment limite de remettre, en personne la légion d’honneur au patron de sa femme, qui par ailleurs s’occupe des intérêts de la première fortune de France, qui en même temps fraude le fisc…on peut prendre cette histoire par tout les bouts, ça fait le même effet, on est saisi de tant de légèreté avec la déontologie du pouvoir. Rien d’illégal, rien de hors la loi jusqu’à preuve du contraire, mais tout ça fait figure d’incivilité géante. Alors, on nous dira : « ça a toujours existé »…plus ou moins… c’est vrai que du temps de Jacques Chirac ou de François Mitterrand, on avait aussi plus facilement la légion d’honneur en étant l’ami politique ou financier de la majorité qu’en sauvant une petite vieille de la noyade. Mais entre temps il y a eu la campagne de 2007 et la promesse d’une « république irréprochable ». Entre temps il y a eu la crise et les sacrifices annoncés. Mais Eric Woerth bénéficiait pourtant d’une bonne image !Oui, et c’est justifié. Et contrairement à ce que dit l’UMP, il n’y a ni lynchage, ni acharnement. La personne d’Eric Woerth est généralement respectée ! Eric Woerth est maire de Chantilly, une ville plutôt cossue de la région parisienne qu’il gère de façon assez sociale et à la fois rigoureuse. C’est l’anti-Bling/Bling par excellence, montagnard, un peu techno, bon connaisseur des questions financières et économiques… il a un faux air de haut fonctionnaire pas très marrant mais rassurant et sérieux. Rien à voir avec le sarkozysme tape à l’œil et grande gueule un peu louche version Haut de Seine, Balkany ou Pasqua. Eric Woerth fréquente les grands patrons comme tout homme politique français qui s’intéresse à la vie industrielle du pays. On peut le voir, c’est vrai, parmi les hauts-de-forme et les chapeaux à fleurs du gratin de l’hippodrome de sa ville lors du très select prix de Diane par exemple mais il n’incarne pas le versant profiteur et sans vergogne d’une certaine partie de la classe politique. Ce n’est pas lui qui se fera payer pour 12.000 euros de cigares par le contribuable. Au moins il n’a pas cette image là. On comprend, dès lors, pourquoi à l’UMP on est inquiet de le voir empêtré dans ces affaires. Seulement voilà, si Eric Woerth a les qualités, les compétences et l’image d’un homme d’Etat, il est également écartelé par la logique sarkozyste qui a produit le discours de la « république irréprochable » pour être élu mais a reproduit aussi les réflexes de voracité politique d’une république pas du tout « irréprochable ». FAIRE le contraire de ses promesses, passe encore, il y a la crise… Mais ETRE le contraire de ses promesses… politiquement c’est beaucoup plus problématique.

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