Martine Aubry est donc candidate. Sa déclaration d’hier était des plus classiques.Oui et vous aurez remarqué que, comme Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et François Hollande ou Manuel Valls, Martine Aubry n’a pas fait acte de candidature à la primaire mais à la présidentielle. De bonne facture classique avec ce qu’il faut d’émotion, cette déclaration avait la solennité qui convient et l’on sentait qu’il s’agissait là d’un moment de vérité. Cette façon très présidentielle de se présenter, en parlant de la France mais aussi de soi, montre à quel point le mythe gaullien de la nécessaire rencontre d’un homme (ou d’une femme) avec le peuple est désormais intégré au PS. Paradoxalement, le parti socialiste structuré de façon parlementariste se présidentialise à outrance avec ces primaires qui sont un formidable outil démocratique mais qui poussent à la personnalisation. Chez François Hollande et chez Ségolène Royal, l’affichage de sa dimension personnelle était connue et habituelle... Chez Martine Aubry ce n’était pas le cas. Son discours aurait pu être seulement celui d’une femme responsable et solide, d’une femme de devoir et de pudeur qui ne montre pas ses envies et qui n’accepte d’ailleurs pas qu’une telle élection se joue sur des envies. Elle aurait été fidèle à l’image qu’elle donne, habituellement d’elle-même. Mais non, Martine Aubry a affiché ses émotions, a parlé de sa famille, de ses expériences, de sa ville… bref d’elle-même ! Comme on avait dit de Lionel Jospin qu’il fendait l’armure, on pourrait dire de Martine Aubry qu’elle commence à entre-ouvrir la porte de chez elle.

Pourtant sa déclaration d’hier ne fait pas la Une des journaux ce matin !Non, c’est vrai. Nicolas Sarkozy avait rempli son agenda : conférence de presse, déplacement spectaculaire avec son Premier ministre dans un poulailler pour tenter de faire de l’ombre à Martine Aubry mais c’est finalement Christine Lagarde, nommée au FMI qui leur vole la vedette. Il faut dire qu’on attend de savoir quel sera le thème central de la campagne de Martine Aubry. Sur quel axe, un peu plus précis que celui de remettre la France et la République en « ordre », après les désordres de l’ère sarkozienne, va-t-elle s’engager ? Ségolène Royal est dans la lignée de 2007, pour l’instant ça ne lui réussit pas, François Hollande a mis le thème de la jeunesse comme matrice de sa campagne, pour l’instant ça lui réussit. Quel est le ressort de la candidature Aubry ? Le fait que cette candidature soit la plus légitime et la plus naturelle en raison de son statut de chef de l’opposition et de ses qualités propres ne suffira pas. Tout commence maintenant. Il faut entrer rapidement et profondément dans le débat politique entre les candidats à la primaire parce que, pour l’instant, il faut avouer que, nous n’avons pas encore beaucoup de grain à moudre pour comparer leur programme respectif. Après avoir assisté à cinq déclarations solennelles, cinq moments de vérité, cinq propos graves selon lesquels il faut réaffirmer les valeurs de la République, remettre la France debout, sur les rails, en haut, en tête… Il y a comme un trop plein d’emphase pour ce qui n’est encore qu’une campagne interne, une campagne de famille, pour reprendre le mot optimiste d’Arnaud Montebourg. Après s’être adressé comme ça, à la France et à sa destinée, il va falloir une sacrée dextérité politique pour maintenir le niveau et arriver à se distinguer de ses camarades sans les réduire. Nous allons tester cette dextérité nécessaire, chercher le grain à moudre et l’axe de la campagne de Martine Aubry dès 8H20.

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