Oui, en utilisant ce terme Manuel Valls a bien précisé (et c’est très important) que les terroristes menaient une guerre, je cite : « non pas contre les valeurs de l’occident mais contre les valeurs universelles ». Mais ça n’a pas été compris comme ça. Il aurait dû s’en douter. Lorsqu’on manie ce concept de « guerre de civilisation », on est tout près du « choc de civilisations » (orient/occident) théorisé il y a 20 ans par l’américain Samuel Huntington, qui a inspiré George Bush. C’est toujours l’acception la plus courante qui l’emporte dans la communication de masse. UNE civilisation est, en général, liée à une organisation humaine, celle d’un peuple sur un territoire. LA civilisation, en revanche, (celle dont parle Valls, et avant lui Sarkozy) au sens global, c’est une évolution de l’ensemble du genre humain capable de vivre pacifiquement. Les terroristes de Sousse ou de l’Isère, ne représentent pas de civilisations mais des dérives pathologiques personnelles récupérées et utilisées par un extrémisme religieux et politique.

Ici, le terme de « civilisations » est donc plutôt à opposer à « barbarie »…

Oui, la barbarie (nous sommes bien placés en Europe pour le savoir) n’est pas l’apanage, d’une religion ou d’un peuple. La barbarie, le terrorisme sont des méthodes pour assoir un pouvoir. Les islamistes combattent leurs propres coreligionnaires avec une vigueur bien plus importante encore. Ils veulent, avant tout, nous précipiter, nous pays occidentaux, dans une guerre de religion. Une guerre identitaire. C’est un piège dans lequel ceux qui utilisent le terme « guerre de civilisation » risquent de nous entraîner. Autant-au passage- que ceux qui usent et abusent de la victimisation des musulmans en France et qui parlent « d’islamophobie » dès que l’on critique ou rit de l’islam radical. Ce que Daech ne supporte pas ce n’est pas l’occident, c’est la liberté, la démocratie, les autres religions, l’absence de religion, les shiites et surtout l’islam tel qu’il est pratiqué par l’immense majorité des musulmans. Si l’on pense que la démocratie et la liberté sont des valeurs universelles alors Daech (comme Bachar al Assad) sont en guerre contre ce que le monde entier peut avoir de civilisé. Les rebelles syriens ou les démocrates tunisiens l’expérimentent d’ailleurs bien plus que nous… Manuel Valls, tout à son obsession de ne pas laisser le terrain des valeurs et de l’autorité à la droite, a utilisé, avec « guerre de civilisation », une expression plus forte que lui. En politique les mots sont lestés d’une charge symbolique souvent bien trop lourde. On ne fait pas toujours ce que l’on veut avec les mots. Sauf, évidemment à vouloir, par tactique, être équivoque.

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