Vous revenez sur les sans-cravates de l’Assemblée

Oui parce que ce petit évènement vestimentaire, apparemment sans importance, est peut-être, en réalité, le signe du retour –à la gauche de la gauche- d’un phénomène, en fait, assez classique. Le marxisme politique est mort, le gauchisme sociétal est dilué dans le libéralisme. Une gauche protestataire retrouve son lit révolutionnaire (pré-socialiste) avec le refus des codes d’appartenance à l’Assemblée Nationale. Exemple le refus d’applaudir le nouveau président de l’Assemblée. Ce refus signifie « je ne suis pas des vôtres, je suis dans cette assemblée pour en contester la légitimité ». Le sans-cravatisme n’est pas une offensive de la coolitude, ni, comme avec le col Mao de Jack Lang en 1981, le souci d’incarner une forme d’élégante modernité. Non, c’est un refus de l’institution elle-même ! Voilà pourquoi la référence de Jean-Luc Mélenchon aux sans-culottes (et pas à Thierry Mugler) est révélatrice du retour de l’esprit hébertiste et du père Duchesne comme le soulignait l’éditorialiste Bruno Roger-Petit, hier. Toutes proportions gardées, la comparaison est pertinente : Le Père Duchesne, ce journal de la Révolution créé par Jacques Hébert, réapparu en 1848 puis pendant la Commune, exprime une protestation radicale, libertaire, une rage antisystème qui tourne le dos –dans sa version d’aujourd’hui- à la tradition de respectabilité républicaine communiste, comme au gauchisme sociétal qui dominait la gauche radicale depuis des décennies. C’est François Ruffin, député de la Somme, qui, par sa façon de s’exprimer, son attitude dans l’hémicycle, instille avec fracas ce retour de l’esprit hébertiste. Il n’y a pas de génération spontanée en politique et c’est une tradition bien française que l’ancien journaliste d’Inter remet au gout du jour.

Il n’était pas évident que Jean - Luc Mélenchon s’inscrive dans cette tradition.

Non, même si la tonalité parfois acrimonieuse de certains de ses propos peut rappeler, de loin, le père Duchesne, en réalité Jean-Luc Mélenchon s’enorgueillit, parfois, du contraire. En 2012, toujours bien mis avec sa cravate rouge, l’ancien sénateur expliquait, à l’instar des députés communistes, que l’on doit représenter dignement ses électeurs, surtout s’ils sont ouvriers, employés modestes, leur manifester du respect par une tenue soignée, simple et classique. Il s’enorgueillait d’avoir ramené les nombreux électeurs de l’extrême gauche trotskiste dans le giron de la République. Il avait effectivement réussi à imposer à ce segment de la gauche la Marseillaise, le drapeau français, et tous les codes et les mots de la République. On était plus dans du Lamartine-1848 ou du Jacques Duclos que dans de l’hébertisme ou du gauchisme libertaire. François Ruffin vient casser cette tendance, exerçant une insidieuse concurrence, autant stylistique que politique, avec la notabilité protestataire de Jean-Luc Mélenchon. Mais c’est surtout Marine Le Pen qui peut y perdre des plumes. Parce que par ce biais et ce style, si la gauche radicale perd en crédibilité de force d’alternance, elle peut renouer avec une partie de la population qui se sent oubliée et méprisée. Les députés FN, sans groupe parlementaire donc noyés dans la masse, pourraient voir leur leadership dans l’incarnation de la colère populaire, contestée par les mots et les postures (plus d’ailleurs que par leur tenue) des nouveaux députés sans-cravates de La France Insoumise.

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