En France, la semaine qui s’achève était placée sous le signe de la sécurité. Avec un fiasco et une opération de communication. Le fiasco, c’est l’affaire Coupat. On s’aperçoit maintenant que la justice à mis en prison pendant 7 mois, visiblement pour rien, un intellectuel post situationniste, radical et brillant mais pas un terroriste. Et puis il y a eu ce discours présidentiel, hier, qui bouclait la boucle de ce que l’on appelle (ou plutôt de ce qu’ils appellent) en communication politique, une séquence. C’était une séquence sécurité ! On avait déjà évoqué le sujet en début de semaine, maintenant on peut détailler la séquence. Trois phases. Premier temps : Xavier Darcos lance l’idée de la fouille devant certaines écoles, l’éventuelle création d’une brigade d’intervention. Pour aller plus loin, Christian Estrosi, maire de Nice, qui ne prend jamais une initiative politique sans en référer à l’Elysée (ou sans que l’idée vienne directement de l’Elysée), Christian Estrosi évoque l’idée des portiques de sécurité devant les écoles. Puis Xavier Darcos parle de caméras de surveillance. Du coup, tollé à gauche, indignations des professionnels de l’enseignement, la deuxième phase pouvait débuter : la polémique, le clivage, les accusations de sécuritaires face aux accusations d’éternels irresponsables. L’intérêt du clivage, c’est que ça mobilise son camp. Ça déclenche des reflexes politiciens grégaires et moutonniers toujours utiles avant un scrutin de cet acabit ou les grands partis n’en sont pas à essayer de convaincre des électeurs, mais simplement à mobiliser leur électeurs habituels. Donc, propositions volontairement provocantes, suivies de la polémique qui clive. Vient la troisième phase : celle qui s’est jouée hier : le discours du président. Là, il faut tenir le cap sécuritaire tout en faisant bien attention de ne rien lancer de trop concret. Nicolas Sarkozy, comme tout le monde, sait très bien que les portiques de sécurité et les caméras de surveillances dans les écoles, ça ne marche nulle part ou ça a été tenté. Si cette affaire n’avait pas été qu’une simple opération de com’ visant à mobiliser son électorat, Christian Estrosi aurait fait procéder à une évaluation des expériences en la matière avant de lancer ces idées. Donc, le discours présidentiel sert à ramasser la mise, à pointer du doigt les bonnes consciences qui s’étaient opposées aux propositions de Xavier Darcos et de Christian Estrosi. Au total, il est demandé au ministre de l’intérieur et au Garde des Sceaux de faire des rapports chiffrés et mensuels sur l’état de la sécurité dans les écoles. Ça ne mange pas de pain. Il est créé une brigade spéciale qui pourra intervenir. Brigade spéciale qui ne risque pas d’être débordé à moins d’arriver comme les carabiniers. Et enfin, le personnel enseignant pourra fouiller dans les cartables, ce qui -soit dit en passant- était déjà permis. Plus de portique ni de caméra. En tout cas, rien de précis là-dessus. Alors le but est-il atteint ? Impossible de le mesurer maintenant. Les plus vieux numéros sont souvent les plus efficaces, en politique comme dans le spectacle. Petite métaphore culturelle pour illustrer mon propos : Johnny ne peut pas faire un concert sans qu’on lui demande « Que je t’aime », mais pas dadou-ronron ! Ça marchait plus ? La sécurité est à Nicolas Sarkozy ce qu’est « Que je t’aime est à Johnny » mais attention, un jour, ça pourrait devenir dadou-ron-ron. Le tout, c’est de s’en apercevoir à temps.

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