Par Jean-François Achilli.

François Hollande donnera sa première interview télévisée en tant que Président ce soir, à 20h, sur France 2.

Il aura été plus rapide que son prédécesseur, qu’il bat de trois bonnes semaines. Puisque Nicolas Sarkozy avait attendu le 20 juin 2007, soit trois jours après les élections législatives - qui ont donné alors la majorité absolue à l’UMP - pour accorder sa première interview télévisée présidentielle, mais sur TF1.

Là, changement de décor. François Hollande fait le choix de France 2. En studio, et non plus en direct de l’Elysée – il s’y était engagé ici-même, au micro de France Inter .

Et ce, une douzaine de jours avant les élections législatives. Officiellement, il s’agit pour lui de faire un premier bilan de sa longue série de rendez-vous internationaux et d’évoquer l’actualité sociale. Petit clin d’œil : c’est son premier ministre Jean-Marc Ayrault qui aura reçu les partenaires sociaux toute la journée à Matignon et c’est le président qui va faire le service après-vente ce soir à la télé. Cela ne vous rappelle pas quelques souvenirs ?

« Pas du tout », proteste un proche du Président, qui explique que « Nicolas Sarkozy en son temps aurait reçu lui-même les représentants des syndicats et du patronat à l’Elysée, aurait rédigé seul le communiqué final et l’aurait fait poster par François Fillon ». Là, nous serions donc dans un fonctionnement « normal » des institutions. A voir.

Toujours est-il que la programmation de cette grande interview n’est pas anodine. Le président, même s’il veut se placer au-dessus de la mêlée, entend lui aussi peser dans la campagne des législatives. Parce qu’il sait pertinemment qu’il ne pourra rien faire sans une majorité claire à l’Assemblée nationale.

Justement, notre baromètre Ipsos donne la gauche gagnante ?

Oui, mais avec un risque de majorité relative.

Notre baromètre donne une UMP plutôt mobilisée et un PS qui aurait besoin au final des Verts mais surtout du Front de Gauche pour faire passer la moindre réforme. Des alliés qui pourraient se montrer encombrants. Imaginez, s’il était élu, un Jean-Luc Mélenchon se servant de l’Assemblée comme tribune permanente pour mettre la barre très à gauche, appuyer là où ça fait mal, sur le social, les licenciements.

Ce serait donc mieux pour l’exécutif de disposer d’une majorité absolue, avec le seul PS. Un responsable socialiste affirme que cet état de grâce, qui n’a pas existé au lendemain de l’élection présidentielle, serait peut-être en train de naître. Et que les électeurs de gauche pourraient « finir le job », se mobiliser donc, dans les 333 circonscriptions qui ont voté Hollande le 6 mai.

Le chef de l’Etat, fort de sa cote de popularité, veut donc pousser son avantage ce soir. Avec son style « normal », mais pas si calme, parce que le rythme de la présidence est déjà très soutenu.

En clair, il ne refait pas du Sarko, mais il fait du Hollande.

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