Ce matin, vous vous interrogez sur un phénomène qui ronge la politique : le sentiment d’impuissance !

Oui, ceux qui nous gouvernent ont-ils vraiment le pouvoir ? Cette sourde interrogation nourrit les extrêmes ou le désintérêt pour la politique, ce qui revient à peu près au même. Pour y remédier les présidents successifs font assaut de volontarisme verbal, et les premiers ministres, qui sillonnent la France tentent, tant bien que mal, de valoriser, d’encourager, de souligner ce qui marche dans le pays. Mais tout semble dépendre d’ailleurs. De la croissance européenne, de la conjoncture mondiale. Envolés les temps heureux ou l’on pouvait décider de réorienter l’industrie ou l’agriculture à coup de plans quinquennaux appliqués au mois près. L’Europe et sa puissance de continent est censé redonner ce pouvoir de la volonté. Mais ça ne marche pas et en ce moment, sur un thème prioritaire (désigné comme tel par le Président) nous en avons un exemple parfait. François Hollande avait expliqué, lors de sa dernière conférence de presse que la France, avec l’Allemagne et l’Europe, devaient devenir une grande puissance de l’industrie des énergies nouvelles. Discours, enthousiasmant, s’il en est ! La réalité est toute autre. Les industries basées en Europe qui produisent des panneaux solaires sont toutes en train de péricliter. La Chine, grâce à des subventions 30 milliards de subventions publiques, a financé son industrie photovoltaïque et inonde le marché mondial ! Pour préserver son industrie de cette concurrence déloyale puisque subventionnée, les Etats-Unis ont dressé des droits de douanes de 250%... L’Europe, elle se tâte et envisageait de taxer à 47% l’importation de panneaux solaires fabriqués en Chine. « Envisageait » parce que ça ne se fera certainement pas : l’Allemagne est contre !

Pourquoi l’Allemagne qui a la première industrie des énergies renouvelables d’Europe s’y oppose-t-elle ?

Parce que son économie est basée, avant tout sur l’exportation, et qu’elle vend, par exemple, la quasi totalité des machines qui fabriquent les panneaux solaires en Chine. Dans son sillage, beaucoup de pays d’Europe ne veulent pas se fâcher avec Pékin parce qu’ils attendent que la Chine investissent chez eux. Angela Merkel a reçu le premier ministre chinois la semaine dernière à Berlin et l’a rassuré : elle s’opposera aux droits de douane sur l’importation de panneaux solaires en Europe. Le partenariat Berlin/Pékin sur l’industrie et le commerce est autrement plus prioritaire pour les Allemands que le partenariat Paris/Berlin affiché par François Hollande. Nous, observateurs politiques, nous commentons l’affichage politique de François Hollande. Les caps, les buts qu’il détermine… Mais le vrai discours qui aura des conséquences concrètes sur la vie des entreprises européennes, par exemple sur les salariés de Bosch-Vénissieux, dont la production de panneaux solaires est menacée, c’est la phrase d’Angela Merkel rassurant son homologue chinois. « Nous ne laisserons pas tomber Bosch-Vénissieux » disait hier Delphine Batho (combien de fois Arnaud Montebourg a prononcé cette phrase ?) Ces affirmations censées rassurer, maintenant inquiètent… on ne peut pas s’empêcher de s’interroger, en entendant la moindre déclaration d’un ministre : « d’accord mais qu’en pensent vraiment Berlin… et Pékin ? ». Il y a un hiatus entre la force évocatrice du volontarisme affiché et la réalité du pouvoir de nos dirigeants frappés d’un mal inavouable et honteux : « l’impuissance publique ».

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