Thomas Legrand revient ce matin sur la contreperformance du Front de Gauche aux européennes.

Et cet échec est particulièrement violent pour le Parti Communiste et le Parti de Gauche, les deux principales composantes du Front de Gauche, parce qu’en Europe et en France les mouvements eurosceptiques ont réalisés de bons scores. Pour l’instant Jean-Luc Mélenchon perd le combat singulier que, depuis plusieurs années, il mène contre Marine Le Pen. Ses larmes de dépit au soir de sa défaite et du triomphe de ceux qu’il affronte, plus que politiquement… viscéralement, ces larmes étaient sincères. Jean-Luc Mélenchon a échoué à convaincre l’électorat populaire que l’ennemi, ce n’est pas l’étranger mais le financier, selon une formule classique du mouvement socialiste. Le pire pour Jean-Luc Mélenchon c’est la nature même du succès de Marine Le Pen. Le Front National a largement pompé, souvent pour en dénaturer le sens, bien des thèmes et des termes à la gauche anticapitaliste : sur les ravages du libéralisme, sur la politique dite « austéritaire », sur ce les dangers du traité transatlantique, sur la défiance envers les Etats-Unis et la relative bienveillance en vers la Russie, sur le mirage de la réorientation de l’Europe ou bien à propos du déficit démocratique de l’Union. En revanche, l’immigration, Schengen et quasiment toutes les questions de sociétés, rarement mis en avant par le FN, séparent irrémédiablement et philosophiquement les deux Fronts…de Gauche et National.

Et les études d’opinion montrent à quel point le FN mord sur l’électorat potentiel du Front de Gauche !

La jeunesse, les chômeurs et les employés, les précaires, représentent maintenant le cœur de l’électorat de Marine le Pen. L’état de défiance absolue des classes populaires envers ce que le FN appelle « le système », voilà le carburant le plus performant du vote frontiste. Le Front de gauche n’a pas su incarner le vent protestataire, malgré les postures de Mélenchon. La gauche de la gauche se nourris de la peur sociale pour créer des solidarités de classe ? La droite de la droite se nourris de la peur sociale et identitaire pour créer des solidarités et des rejets communautaires…Un même carburant peut faire rouler une ambulance ou un char d’assaut. La colère déstructurée d’une société, elle-même déstructurée où chacun est en concurrence avec son voisin ne favorise pas l’instauration de solidarité de classe…. Il est très difficile pour une force de gauche radicale de créer, dans la population éclatée d’aujourd’hui, un sentiment d’appartenance à une histoire sociale, à des luttes. Les références qu’affectionne tant Jean-Luc Mélenchon : la révolution, la Commune, les grandes grève, les luttes, Jaurès ou Hugo qu’il semble connaitre par cœur… ne touchent plus qu’une partie âgée, ou très politisée de la population. L’exemple de la Grèce et des succès de Syriza, parti-frère du Front de Gauche nous montre que la gauche anticapitaliste peut connaitre certains succès en Europe. Le contexte grec n’est, bien sûr, pas du tout comparable à celui de la France…et en France, paradoxalement c’est plutôt en période de forte croissance que le Parti communiste faisait son meilleur score. C’est donc quand tout va vraiment très mal, comme en Grèce, ou quand l’économie crée beaucoup de richesse, comme pendant les 30 glorieuses, et que donc la question de la répartition de cette richesse requiert l’établissement d’un rapport de force, que la gauche radicale peut s’épanouir. En ce moment nous sommes dans un entre deux de morne plaine pour cette famille de pensée.

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