Emmanuel Macron in et out…

Succès à l’extérieur, ratage à l’intérieur. Voilà les derniers mois du président. La rumeur publique, due à notre ethnocentrisme, juge le président sur son action intérieure, pas sur ses faits et gestes hors de nos frontières. Or, ces derniers temps, il faut souligner de vrais succès français. Le plan de financement proposé par Ursula Von Der Leyen résulte de l’accord franco-allemand, qui lui-même est le fruit d’une vision française de ce que devrait être l’Europe. La mutualisation des dettes, la solidarité financière, sont des sujets que Paris porte depuis des lustres. L’Europe ne les a pas encore totalement adoptés mais ce sont ces sujets, non plus les contraintes budgétaires, normes plutôt d’inspiration allemande, qui sont sur la table. On peut le dire comme ça : Emmanuel Macron, s’agissant de l’Europe, est à l’origine d’un tournant historique. Les Français, d’ailleurs, savent gré au président de porter la voix constante de la France dans un monde instable. Mais la politique étrangère pèse peu (de moins en moins, c’est paradoxal dans un monde globalisé)… pèse peu dans ce qui fait ou défait la popularité. Emmanuel Macron reste donc plombé par une solide défiance.

Les Français ne s’intéressent pas à la politique extérieure ?

Peut-être ne considèrent-ils pas qu’elle a autant d’influence sur nos vies que ce qui se décide à Paris. Surtout, la politique étrangère n’est pas vue comme celle d’Emmanuel Macron en particulier ! C’est celle de la France, toujours la même, que, peu ou prou, tout le monde approuve. Le mérite de ce président (ce n’est pas rien) est arrivé à mieux l’imposer en Europe. Politique d’ailleurs plutôt approuvée par les Français puisqu’elle consiste à dépenser plus d’argent (et pas que le nôtre !). Alors que la politique intérieure du président était (avant le coronavirus au moins) vue comme relativement ‘austéritaire’. Pour ce qui est de l’incarnation, hormis face à Angela Merkel, modèle d’efficacité et de dignité, face aux Trump, Bolsonaro, Johnson, Poutine, aux invisibles italiens et espagnols, Emmanuel Macron fait plutôt bonne figure. A l’intérieur, c’est bien différent ! La façon maladroite de tenter d’embrasser tout l’éventail politique en envoyant des signes illisibles aux extrêmes, brouille un peu plus une ligne politique déjà mal déterminée. Emmanuel Macron n’a su créer ni génération de responsables, ni courant politique pour baliser le chemin du parti de la majorité, qui reste idéologiquement fantomatique. Il en découle une errance idéologique et stratégique que Gérard Collomb, à Lyon, illustre parfaitement par sa tentative baroque d’entente avec Laurent Wauquiez pour faire barrage aux écologistes. Voilà le signe (avec la situation ridicule et indéchiffrable d’Agnès Buzyn à Paris) d’une absence de boussole à LREM. L’impression de solitude à l’Elysée (et donc d’arrogance) empêtre le président dans une défiance populaire qui peut aller jusqu’à une détestation inédite depuis de Gaulle. L’affaire des masques résume le peu de confiance réciproque que se font les Français et le pouvoir… Réussite à l’extérieur, en échec à l’intérieur. Malheureusement pour Emanuel Macron… c’est l’intérieur qui vote.

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