**Vendredi dans votre édito, vous avez un peu tourné en dérision l’initiative de Dominique de Villepin... Vous vouliez y revenir…Oui, rassurez vous pas pour m’excuser. Dominique de Villepin crée un parti aux accents gaullistes qui a, pour l’instant , semble-t’il, plus à voir avec l’art statuaire qu’avec la réflexion politique… alors du coup, c’est vrai j’ai un peu ironisé et puis, à la réflexion je me suis dit que la démarche de l’ancien premier ministre illustrait une sorte de crise d’identité de la droite française et qu’il y avait là matière à réflexion. La droite française avait retrouvé, avec Nicolas Sarkozy un discours, une fierté et une énergie. Il faut reconnaître au Président de la République le fait d’avoir réussi (pendant la campagne présidentielle et au début de son mandat) à décomplexer son camp en le sortant de sa léthargie conservatrice, il l’avait énergisé par son éloge du mouvement et de la réforme. Ça avait eu l’effet bénéfique de remettre toute une partie de l’électorat de droite dans le giron de la droite parlementaire. Le FN s’était dégonflé et les électeurs qui se réfugiaient dans une sorte d’aquoibonisme ou dans le vote protestataire et stérile étaient revenus à des sentiments plus positifs envers la droite de gouvernements et la politique en général. Et puis tout a basculé… La droite n’a jamais été aussi faible depuis le début de la Cinquième république !Oui, une certaine forme de gouvernance agitée, un défaut d’incarnation que l’on a déjà largement décrit, la manipulation pour le moins légère de concepts républicains, avec le débat –par exemple- sur l’identité nationale, ont eu raison de l’engouement de départ. Et bien sur, et avant tout, la crise est venue balayer les certitudes néolibérales qui servaient de toile de fond à un discours dominant à droite. Face à ces bouleversements il est normal que la droite se cherche à nouveau et la réponse qu’offre Dominique de Villepin correspond à une logique presque historique des droites françaises depuis la guerre. La droite française était inexistante après la guerre. Elle s’était reconstruite via, le gaullisme, l’évolution du MRP et le recyclage d’une partie du radicalisme. Cette droite républicaine était un peu libérale, elle était aussi colbertiste, interventionniste, adepte d’un certain capitalisme d’Etat et relativement conservatrice sur les questions de sociétés. C’est cette droite qui ressurgit avec Dominique de Villepin, débarrassée de la tentation libérale, modernisée et « déringardisée » sur tout ce qui touche aux questions de sociétés (droits des homosexuels, avortement, par exemple). Pour l’instant la droite est dans les choux d’un point de vue électoral mais Nicolas Sarkozy ou Dominique de Villepin peuvent très bien, au terme d’un travail conceptuel qui reste à faire, réinventer un projet républicain solide et attractif, potentiellement dangereux pour la gauche. En ce moment, on ressent cette aspiration à refonder ce que certain appelle le « vivre ensemble », c’est à dire la cohésion, c'est-à-dire (tout simplement) les valeurs de République. Ce besoin de république, il était plutôt porté par la gauche tant que l’UDF, le RPR, puis l’UMP s’égaraient dans le néolibéralisme, aujourd’hui la droite (qui a tout ce qui faut dans son ADN d’après guerre) peut aussi incarner à nouveau un projet républicain. C’est ce que semble vouloir réaliser Dominique de Villepin. Et il n’est pas le seul… Alain Juppé a dit hier que si Nicolas Sarkozy ne se représentait pas il serait tenté d’y aller. Formuler une telle hypothèse suggère que c’est possible, et même souhaitable puisque le maire de Bordeaux est, en même temps, très critique vis-à-vis de la politique menée par le président. Et c’est là que les choses se compliquent pour la droite. Si elle peut, on l’a vu, retrouver un message attractif et nouveau, il faudra qu’il soit incarné par une personnalité. Et l’idée explosive commence à s’immiscer dans la majorité, selon laquelle Nicolas Sarkozy n’est pas forcement plus légitime qu’un autre pour incarner ce renouveau.**

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