Vous avez bien sûr regardé le président hier soir… Alors ?

Ce qui m’a frappé c’est la désidéologisation totale de son discours. Nous étions hier en présence d’un président, qui semblait parfaitement compétent et à l’aise… mais parfaitement dépolitisé. On appelle ça sans doute le pragmatisme. Il nous a d’ailleurs présenté, non pas des idées pour changer la société mais une « boîte à outils », pour la réparer. Alors il vaut peut-être mieux avoir Monsieur bricolage à l’Elysée plutôt qu’un phare de la pensée mais dans la culture de la gauche française ça doit faire un choc. Après tout, lors de la primaire de 2011, François Hollande représentait déjà la tendance la moins idéologique du PS…et c’est lui qui a été choisi ! Le ton et les solutions proposées hier faisaient éclater au grand jour un pragmatisme totalement assumé. A voir l’aisance et la forme d’autorité qui se dégageait du Président, on comprenait qu’il se sentait enfin fait lui-même…enfin débarrassé de l’obligation d’être socialiste ! le discours pour les entrepreneurs, le choc de simplification, le discours sur les récidivistes, sur le budget de la défense, sur les retraites aurait pu être tenu par n’importe quel autre pragmatique du centre-droit ou du centre-gauche… aucune emphase, aucune grandiloquence… de l’émotion simplement pour évoquer la guerre au Mali et les otages….le refus de la dramatisation mais la geste de la détermination…de petits mensonges, notamment sur ses prévisions de croissances passées, aucune mesquinerie politicienne, pas d’aigreur contre ceux qui le critiquent : François Hollande était hier (plutôt qu’un président normal) un président tout court…

Et donc pas un président socialiste !

Non, les objectifs affichés -réduire le chômage, sauver notre modèle et même réorienter notre économie vers des secteurs d’avenir comme l’environnement- ne nécessitent pas d’être socialiste ni même écologiste. C’était aussi les objectifs de Nicolas Sarkozy et de Jacques Chirac !… Même si le prédécesseur de François Hollande n’a jamais cessé de faire de l’idéologie (au moins d’affichage) pendant cinq ans. Le débat UMP/PS est devenu simplement un débat autour de la compétence et de la capacité à agir. « J’ai les manettes et je sais m’en servir »…voilà ce que nous disait François Hollande hier. Sans idéologie, l’objectif n’est plus de changer le monde. Le grand dessein c’est de faire baisser le chômage… Le but de toute l’action décrite hier par le Président est donc de retrouver la croissance. Mais dire « mon but c’est la croissance », c’est un peu comme dire au début d’un voyage en voiture « mon but c’est la station service ». Alors c’est vrai qu’il y aurait quelque chose de présomptueux à détailler par le menu ce que l’on ferait si on avait de la croissance. C’est vrai que quand on en est à pousser la voiture, dans l’esprit de ceux qui poussent, eh bien, la station service, ça devient le but. Après trente ans de crise(s)…on en est peut-être là ! Conclusion : si vous attendiez un grand timonier, vous serez catastrophés, si vous attendiez simplement que le conducteur du véhicule en panne sache à peu près où se trouve la station service…vous pouvez être plutôt rassuré ce matin !

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