Vous revenez sur une phrase prononcée par Nicolas Sarkozy lors d'une intervention devant des avocats du barreau de Paris.

Oui, l’ancien Président y dénonce, je cite "l'ingérence du pouvoir médiatique". Formulation surprenante qui souligne qu’une partie du monde politique est encore dans un état d’esprit très "fin de XXème siècle"… vous savez, l’époque où ce n’était pas la transparence que les français demandaient en priorité à leurs élus ; époque de croissance et de redistribution qui rendait le citoyen-contribuable moins regardant sur la façon dont parlementaires et ministres combinaient "servir" et "se servir", pourvus qu’ils soient efficaces dans l’administration du bien public. Ces temps sont révolus, des efforts sont en permanence demandés aux français mais certains de leurs représentants –ceux qui sont entré en politiques, avant les premières lois de moralisation, des années 90- tardent à s’adapter.

La réflexion de Nicolas Sarkozy, comme le « et alors » de François Fillon sur l’affaire des costumes (avant qu’il ne s’excuse), la surprise de Bruno Leroux, la désinvolture de Marine Le Pen face à la convocation de juges, sont les preuves de leur incompréhension de l’évolution des mœurs politiques et aussi de l’état de la société.

Mais en quoi le terme « l'ingérence du pouvoir médiatique » est problématique ?

Déjà – même si l’on a l’habitude de parler de 4ème pouvoir- la presse n’est pas un pouvoir (elle n’est ni élue, ni nommée) mais un contre-pouvoir non institutionnel. L’Exécutif, le Législatif et le Judiciaires (les pouvoirs) ont des missions et des attributions distinctes. Leurs relations sont codifiées pour qu’une relative indépendance de chacun d’eux, établisse un équilibre qui assure la viabilité de la démocratie. C’est la notion de séparation des pouvoirs. Dénoncer l’ingérence de la presse dans les affaires publiques c’est comme dénoncer l’humidité de la pluie. La presse c’est fait pour s’ingérer. C’est l’essence même du métier : Aller voir ce qui est abusif et caché, le révéler en responsabilité. Non pas sans limite, bien sûr… La loi l’encadrent. Rien dans les affaires révélées ces derniers mois ne résulte d’une ingérence démesurée ou abusive. Cette affirmation de l’ancien président sous-entend qu’il faudrait que la presse, soit s’auto-limite, soit voit ses libertés d’investigation et de protection des sources réduites !

Tout ça, alors que Nicolas Sarkozy était le garant de nos institutions et chef de parti politique

Bien sûr, Nicolas Sarkozy ne traduit pas son indignation en projets concrets, car on verrait alors le caractère rétrograde et liberticide de telles propositions. Quand la presse révèle que l’épouse d’un candidat avait deux CDI à la fois, avec comme seule certitude la rémunération sur fonds publics, ne correspondants à aucun travail effectif avéré, quand la presse révèle qu’un candidat s’est fait offrir de luxueux costumes par un lobbyiste, porteur de valises de la Françafrique, quand la presse révèle que le ministre de l’Intérieur, en charge de faire respecter la loi, a fait rémunérer ses enfants mineurs sur, là aussi, sur fonds publics, pour un travail qu’ils n’ont pas pu effectuer, elle fait son boulot et Nicolas Sarkozy, qui a été garant de nos institutions et chef de partis politiques devrait plutôt se sentir gêné aux entournures d’avoir couvert de telles pratiques et pas su (ou voulu) y mettre un terme quand il en avait le pouvoir.

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