Ce matin, la campagne municipale pour Paris

Sujet qui n’a aucun intérêt puisque l’élection aura lieu dans un an ! Et qu’en l’état actuel,  Anne Hidalgo, semble hors d’atteinte, par une droite parisienne qui se cherche sociologiquement, ou par des macronistes trop pressés et trop sûrs d’eux. 

Bon, passons tout de suite à Dominique Seux alors !

Non, restons à Paris, ça va nous permettre, non pas de parler de la municipale, mais d’apporter un élément à notre enquête au long-court sur l’identité du macronisme ! Hier soir, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement démissionnaire, s’est déclaré candidat et Mounir Mahjoubi, a aussi quitté le gouvernement pour faire campagne. Que nous disent de cette offre politique ces deux échantillons purs (et à la fois différents) du macronisme. Ils sont parisiens et Paris a fourni au président ses meilleurs scores en 2017! On est là au cœur de notre sujet ! Benjamin Griveaux, issu de la bourgeoisie ouverte et libérale, de centre-gauche, est ce que nous appellerions un ‘bobo gentrifieur’. Il représente cette partie de la population assez aisée pour vivre à Paris, mais qui veut une ville ouverte, dynamique... smart-city de la startup nation. La population qu’il peut séduire est, sociologiquement (à gros traits, j’en conviens), celle qui gentrifie les quartiers populaires de la capitale depuis deux décennies et les rend compatibles avec l’ouest opulent. Le géographe Christophe Guilluy, qui avait importé le terme ‘bobo’ en France en 2001, expliquait, dans un article prémonitoire de Libération, que malgré la hausse constante du PIB par tête des Parisiens, la capitale allait (paradoxe à l’époque) passer à gauche. En effet, Bertrand Delanoë a détrôné une droite hégémonique depuis la création du Conseil de Paris en 1977 ! Le phénomène de gentrification théorisé par la sociologue marxiste Ruth Glass dans les années 60, décrit une sorte de lutte des classes territoriales par laquelle les classes aisées s’emparent du parc immobilier populaire, font monter les prix et chassent ainsi les pauvres. Cette gentrification a transformé Paris en ville de riches... mais aussi en ville de centre-gauche écologiste ! Benjamin Griveaux (qui n’accepterait certainement pas cette étiquette) personnifie la gentrification. Mounir Mahjoubi, lui, personnalise plutôt ce que l’on pourrait appeler les ‘bobos mixeurs’. Cette partie de la population qui a acquis, grâce à l’école, un fort capital culturel et qui prône, comme modèle citadin, une mixité aboutie, un équilibre moderne, modèle dynamique pour le fameux ‘vivre ensemble’ dans une ville-monde. On trouve cet équilibre fragile  dans le quart-nord-est de la capitale où voisinent encore de nombreux logements sociaux et une nouvelle bourgeoisie culturelle à la fortune diverse. Maghrébin, ayant grandi et habitant toujours dans le nord du XIXème, l’un des quartiers les plus populaires de Paris, Mahjoubi revendique son homosexualité. Il est spécialiste de nouvelles technologies, mange bio et rêve que le bourgeois du XVIème se convertisse au vélo et à la solidarité avec les réfugiés. Griveaux et Mahjoubi, à ce stade de leur petite notoriété, incarnent deux aspects de l’identité citadine moderne. L’inconvénient pour eux, c’est que c’est Anne Hidalgo qui fait encore le mieux la synthèse de ces deux mondes.

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