Lundi ! Semaine décisive, ‘cruciale’… ‘de tous les dangers’… comme d’habitude !

Et comme pour de trop nombreux lundis depuis un an, on a envie de commencer cet édito en assumant le poncif.  Ce peut être, en réalité, une semaine de rupture entre la tête de l’Etat et le corps médical si rien ne bouge. Nous approchons (avant 15 jours sans doute) du moment tant redouté où il faudra opérer des tris impossibles entre contaminés qui arrivent de plus en plus jeunes en réanimation. Depuis le début de la crise, l’action publique est changeante, parfois hésitante : ouvrir fermer, toujours le même dilemme… que des mauvaises solutions. Mais il y a un point ferme, sur lequel le gouvernement a toujours été clair : on ne doit jamais atteindre l’embolie des services de réanimation. Il ne faut pas mettre les médecins dans l’impensable situation de devoir choisir entre deux patients à sauver. Pour éviter ce moment, sans éteindre à nouveau le pays, il s’agissait de jouer sur la déprogrammation d’opérations, l’augmentation de la capacité des soins intensifs et le transfert de malades vers des régions moins touchées. On arrive au bout de la déprogrammation possible (80% en Ile-de-France), ce n’est plus tenable, disent les praticiens. On est à la limite du nombre de nouveaux lits de réanimation et de soignants y afférant ; les déplacements de malades sont, en fait, très limités… Les familles, la plupart du temps, s’opposent à l’éloignement de leur proche. Nous sommes donc au point de rupture… rupture logistique mais aussi politique entre le corps médical et l’exécutif. La décision de ne pas confiner en février est –plus que jamais- contestée.

Plusieurs médecins de l’AP-HP ont d’ailleurs signé une tribune hier dans le Monde … 

Et leur propos est grave. Je cite : ‘Tout gouvernement se revendiquant démocratique a un devoir de loyauté. Il est temps que l’exécutif assume publiquement les conséquences sanitaires de ses décisions politiques’. C’est limpide et tranchant ! Si, dans les jours qui viennent, les médecins doivent trier les patients, ils tiendront le pouvoir responsable de ce drame. Au début de la crise, il était reproché au président de trop suivre les scientifiques. Aujourd’hui c’est l’inverse : L’exécutif estime qu’une semaine non confinée est une semaine gagnée. Pour les médecins, c’est le contraire. Trop de vies ont été perdues depuis janvier, disent-ils ! La détresse économique et sociale, l’alarme des pédopsychiatres face aux tentatives de suicides d’adolescents et bien d’autres conséquences de la mise sous cloche de la société ont poussé le président à demander aux soignants de tenir leur position comme Clémenceau implorait les poilus de tenir leurs tranchées… Mais il ne s’agit ni de guerre ni de tranchées. Le président doit admettre que sa politique de l’entre-ouvert ne tient plus. Les signataires de la tribune ont changé la donne : hier soir, Olivier Veran s’est entretenu avec eux. Si les chiffres de contaminations d’aujourd’hui et de demain (les premiers imputables aux décisions d’il y a 10 jours) n’évoluent pas favorablement, de fortes mesures de freinage seront décidées mercredi. Autant dire qu’il faut s’y préparer.  

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