Le monde de la justice vent debout contre la réforme de la carte judiciaire. Cible numéro 1 : la ministre de la justice. Avocats et magistrats n'ont que son nom à la bouche, Rachida Dati. 7 mois seulement qu'elle est installée place Vendôme, et jamais une ministre de la justice n'avait eu à subir une telle fronde. Grève de la faim, manif, occupation des tribunaux, pour protester contre la réforme à la hussarde de la carte judiciaire, la reprise en main de la justice par le pouvoir politique et l'inflation de lois de circonstance directement dictées par l'Elysée... Rachida Dati serait coupable de tout. Mais si le monde de la justice est bien bavard à son égard, celui de la politique ressemble à une assemblée de grenouilles à la grande bouche lorsqu'on ne fait qu'évoquer son nom. "Et Rachida Dati, ça se passe comment dans le gouvernement ?" ....... Silence ! Ministres ou élus interrogés jettent un oeil à droite, par dessus leur épaule et finissent par lâcher, comble de l'intrépidité: "j'peux rien dire". L'affaire est entendue, plus qu'hier encore, Rachida Dati est la protégée du président de la république. Oser un mot contre elle, c'est risquer l'infâme relégation ! La proximité de la ministre avec le président de la république est indéniable, et c'est ce qui fait aujourd'hui sa force et sa faiblesse. La réforme de la carte judiciaire, c'est une promesse du candidat Sarkozy. Et c'est lui, aujourd'hui qui lui réclame instamment de la mettre en oeuvre, fissa, avant les municipales, soucieux de pouvoir arborer comme un trophée, cette première grande réforme. Rachida Dati bien sûr s'exécute. Elle n'est là que pour honorer les engagements de celui qui la fit reine. L'épreuve tourne au bras de fer avec le monde judiciaire aussi bien qu'avec les élus UMP furieux de la suppression des tribunaux dans leur ville, la ministre passe distribuer les mauvaises nouvelles, imperturbable. Ce matin, l'ex ministre socialiste de la justice, Henri Nallet, salue cette proximité avec le président, convaincu explique-t-il, qu'elle seule pourra permettre de faire passer cette réforme promise et repoussée depuis 16 ans. Mais ce statut à part renforce autant qu'il expose Rachida Dati. Il faut dire que l'intéressée ne fait pas beaucoup d'effort pour se fondre dans la masse. De tous les voyages présidentiels, elle y est éclatante de haute couture sous l'objectif des photographes, comme si décidément ce rôle de représentation de la France lui seyait mieux que celui de ministre les mains dans le cambouis. On la soupçonne de toutes les vilennies ou jalousies, par exemple d'avoir écarté Rama Yade du voyage en Chine. Au milieu d'élus, elle ne fait même pas semblant d'adopter leurs usages. Arrivée en retard à l'UMP, lors d'une présentation par Edouard Balladur de son rapport sur la réforme des institutions, Rachida Dati joua les pipelettes au premier rang pendant de longues minutes. L'ex premier ministre dut ostensiblement s'arrêter de parler à son tour, pour faire cesser ce bavardage de lèse-majesté. Enfin, son parachutage doré comme tête de liste dans le 7ème arrondissement parisien est vécu comme un nouveau passe droit élyséen indû quand les candidats aux municipales s'apprêtent à garder leur siège avec leurs dents. Rachida Dati reste un ovni en politique. Elle n'en n'a adopté ni les bonnes manières, la concertation ça existe mais elle semble l'ignorer, ni les codes. Juste un mot pour sa défense, puisqu'il s'agit de justice. Elle subit parfois aussi de bien viles attaques. Par exemple sur la véracité pointilleuse de ses diplômes. Sincèrement, à quel autre de ses collègues du gouvernement a-t-on jamais fait subir la vérification point par point de son cv ? Ses qualités de femme, beur, novice en politique n'excusent pas de telles pratiques.

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