L’accord qui se dessine entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sur une union budgétaire aura, bien sûr, des répercutions sur la campagne électorale.

Ce qui se profile en Europe, si les bruits qui circulent dans les capitales du continent depuis quelques jours se confirment, est de nature à bouleverser le cours de la campagne présidentielle sans que l’on sache à l’avantage de qui, comme diraient nos confrères journalistes sportifs « c’est la glorieuse incertitude de la politique ». L’Allemagne, la France, peut-être d’autres pays de l’Union encore étiquetés triple A devraient décider, dans les prochains jours d’instaurer, entre eux, des mécanismes de convergence contraignants pour leurs budgets. L’Elysée pourra présenter ça avec un slogan tout trouvé : « l’Union qui fait la force », les opposants à ce procédé auront beau jeu de dire que c’est l’Allemagne, plus riche, plus forte, qui va imposer sa discipline de fer sur nos comptes. On imagine déjà les dégâts électoraux potentiels si s’installait l’idée selon laquelle le président de la République, sous pression, sous le poids des déficits et surtout sous l’insistance d’Angela Merkel, devait abandonner une partie de notre souveraineté budgétaire. L’électeur UMP, attaché à la Nation, serait pour le moins déboussolé. Et l’on souhaite bien du courage et surtout beaucoup d’imagination à Henri Guaino, plume du Président, lui-même d’origine souverainiste, pour trouver la recette de la sauce qui accompagnera cette longue couleuvre à faire ingurgiter à l’électorat populaire tant convoité.

François Hollande ne serait pas forcément plus à l’aise !

Non, parce que François Hollande, européen convaincu aurait du mal à revêtir les habits du souverainiste outragé. Tout au plus, en bon promoteur de la construction européenne, pourrait-il reprocher au président de participer à la destruction des institutions de l’Union en acceptant un contournement de Bruxelles. Pas sûr que cette critique soit efficace dans notre pays qui tient largement l’Union européenne pour une empêcheuse de gouverner en rond. C’est bien le spectre de 2005 qui peut réapparaitre, un cauchemar pour les deux tenants du « oui » que furent Nicolas Sarkozy et François Hollande. Une aubaine pour les tenants du « non » qui, dans la campagne présidentielle, sont représentés à gauche par Jean-Luc Mélenchon et Jean-Pierre Chevènement et à droite par Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen. Pour contrer ce risque, l’Elysée explique que ce qui se profile n’est pas un abandon de souveraineté mais un renforcement de notre souveraineté (voilà sans doute autour de quoi Henri Guaino travaille en vue du discours de Toulon prévu jeudi). L’argument se tient. La France et l’Allemagne entendent renforcer la cohésion intergouvernementale. Même si c’est l’Allemagne qui porte la culotte financière, dans ce couple, c’est toujours mieux que de se voir dicter sa conduite par les seuls marchés. L’argument se tient mais sera quand même difficile à faire passer. C’est aussi pour ça qu’au nom de la Nation, l’UMP, s’oppose avec véhémence au droit de vote des étrangers et que Claude Guéant en rajoute sur le thème : « il y a trop d’immigrés en France ». Ça n’a rien à voir avec notre souveraineté budgétaire, certes, mais c’est du nationalisme de facture bien classique! En quelques sortes, la bonne rasade de whisky qui fait oublier un instant que l’on est en train de vous amputer le bras.

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