Vous revenez ce matin sur les critères mis en œuvre par Manuel Valls en matière de régularisation des sans-papiers , avec cette impression : il n’y aurait finalement pas beaucoup de différences entre la politique de Nicolas Sarkozy et celle de François Hollande.

Ça ne doit surprendre personne parce qu’il n’a jamais été question d’une révolution sur ce sujet. François Hollande a toujours récusé l’idée de régularisations massives comme en 1981 et 1997. On sait que la capacité juridique et logistique d’expulsion d’étrangers sans-papiers est autour de 30.000 et que les régularisations tournent et tourneront aussi autour de 30.000. C’était du même ordre avant 2012. Et mis à part la régularisation massive de 97, on était également dans cette épure annuelle, avec un peu moins peut-être d’expulsions (autour de 20.000) du temps de Jacques Chirac, même sous Lionel Jospin. Soulignons quand même que les 30.000 expulsions de l’ère Sarkozy, présentées avec fierté comme un record, comprenaient quelques milliers de Roumains que l’on ramenait chez eux pour faire du chiffre et qui revenaient en bus le lendemain ! Bref, il en va de la politique vis-à-vis des sans-papiers à peu près comme de la diplomatie… finalement il n’y a pas beaucoup de différences entre la gauche et la droite.

Et pourtant les discours sont différents !

Oui parce que la droite a choisi d’en faire un marqueur idéologique. Mais une politique d’immigration, ce n’est pas simplement la gestion des expulsions, c’est aussi une politique d’accueil des étudiants étrangers ou une politique de naturalisation… là, il y a de vraies différences entre la gauche et la droite. Pour ce qui est des sans-papiers, il y a donc un discours, des textes et des actes : les textes ne sont pas tout à fait les mêmes puisque les critères de régularisations ont été précisés, notamment pour ce qui concerne les familles. C’est, en fait, dans les actes et à l’usage que l’on pourra juger de cette différence, surtout dans ce que l’on appelle « les régularisations au fil de l’eau », le cas par cas. La conformité des discours et des actes de gauche exigent que l’étude des cas soit vraiment réalisée avec minutie et humanité. Que les cas, par exemple, des femmes seules, très nombreuses, souvent victimes de violences, soient regardés avec beaucoup plus de précision et de beaucoup plus près. Seulement, tous les travailleurs sociaux, tous les associatifs qui s’occupent des migrants vous le diront… les services de préfectures chargés d’étudier les dossiers sont débordés, submergés. La vraie politique d’immigration est là ! Elle n’est pas tant dans le discours de Matamore à droite ou angélique à gauche mais bien dans les moyens octroyés pour étudier chaque histoire, chaque parcours, chaque destin. Ce qui est frappant, c’est le fossé béant entre le problème et les solutions proposées. L’Etat reconnaît qu’il y a au moins 350.000 sans-papiers en France. Et en même temps on prévoit d’en régulariser 30.000 par an et d’en expulser 30.000 autres. Quel aveu ! L’action du gouvernement ne règle donc que 60.000 cas sur 350.000. Les 290.000 étrangers qui resteront sans papiers seront donc des clandestins exploitables, en but à tous les trafics. Pour répondre à cette situation, il n’y aurait que deux solutions : expulsion massive -ce serait infaisable et détestable- ou régularisation massive. Ce qui, paraît-il, est politiquement suicidaire. Autrement dit, la politique du gouvernement valide, en toute quiétude l’idée que 290.000 personnes sont officiellement hors de tous radars sociaux, hors de tous droits. Toujours ce terrible constat d’impuissance.

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