Le chômage baisse, donc la promesse de François Hollande est en passe d’être respectée !

En passe, effectivement. Et le gouvernement, malin, est le premier à dire, faux modeste, « qu’une hirondelle ne fait pas le printemps ». Sauf Michel Sapin, ministre du Travail, qui lui, parle d’inversion avec plus de certitude et de satisfaction dans la voix. Évidemment, les commentateurs que nous sommes s’empresseront de dire que les emplois aidés, expliquent l’essentiel de l’embellie. Toujours est-il que François Hollande a fait un pari, que tout le monde l’a brocardé et que là, il peut dire : pari tenu.

En ces temps de doute et de suspicion d’impuissance publique ce pari sur une courbe c’est une façon d’affirmer que les manettes du pouvoir répondent encore, que l’on peut toujours agir sur le cours des choses, que la politique n’est pas vaine ! Ce chiffre du chômage constitue bel et bien un début de victoire politique qui peut contribuer (c’est ce qu’espère l’exécutif) à changer quelques peu l’ambiance, le mood déprimant du moment. Par petites touches, les événements comme celui-là peuvent offrir une perspective moins grise au gouvernement. Mais attention, aux effets d’optiques et à la force symbolique très relatives des indicateurs de macroéconomie par rapport au ressenti réelle de la population.

Oui, les Français ont l’habitude de voir les politiques contester eux même les chiffres quand ils sont dans l’opposition…

Oui, il y a une grande méfiance, une forme de conspirationnisme ambiant envers les chiffres officiels, comme envers toutes les institutions, et aussi envers la presse qui relaie ces chiffres tout en les contestant elle-même, d’ailleurs. Ainsi, alors que globalement le pouvoir d’achat des Français avait légèrement augmenté en 2011, Nicolas Sarkozy, s’était laissé convaincre par ses conseillers de ne pas en faire des tonnes (malgré sa pente naturelle), lors de la campagne présidentielle de 2012 sur ce chiffre plutôt positif.

Pourtant c’était tentant. Il était quand même le président du « travailler plus, pour gagner plus ». Le chiffre macroéconomique du pouvoir d’achat était une moyenne, certes en légère hausse, mais qui ne distinguait pas des situations disparates et qui ne masquait pas l’accroissement des inégalités. Le ressenti de la population était radicalement différent : les Français avaient globalement le sentiment que le pouvoir d’achat baissait, qu’ils avaient de plus en plus de mal à joindre les deux bouts.

Qu’en est-il du ressenti de la population concernant le chômage aujourd’hui ? Il est fait, à la fois de la réalité vécue, de la difficulté quotidienne dans la recherche d’emploi mais aussi de l’insécurité grandissante que ressentent ceux qui ont un travail, quant à la solidité de celui-ci. Les annonces incessantes de plans sociaux d’envergure, qui, on le sait, peuvent être aussi trompeuses, ont certainement une influence sur ce ressenti. Alors, bien sûr, pour le gouvernement, un bon chiffre, même contesté c’est mieux qu’un mauvais chiffre (qui celui là évidemment n’est jamais contesté).

Mais pour connaître la réalité de l’impact politique de cette promesse, il faudrait que l’on arrive à faire comme nos amis de la météo avec le froid, qu'ils nous donnent la température réelle et la température ressentie. Il nous faudrait le taux de chômage ressenti. C’est l’inflexion de cette courbe là qui compte politiquement ! Voila pourquoi, Patrick, vous auriez peut être dû convoquer Joël Collado pour qu’ils se joignent à Bernard Maris et Dominique Seux pour notre débat du vendredi !

Aller plus loin :

La courbe du chômage s'inverse-t-elle ?

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