Le discours d’Emmanuel Macron devant les étudiants de Ouagadougou : Est-ce enfin la fin de la Françafrique ?

C’est compliqué de l’affirmer parce que même si le président est venu dire habilement qu’il n’y avait plus de politique africaine de la France, entendez que celle-ci se normalisait, nos relations, les intérêts de grands groupes industriels, notamment énergétiques, dans une Afrique terre de future croissance, laisse penser que nous n’allons pas délaisser cette zone d’influence. Mais d’un point de vue politique, il est vrai que le discours délivré hier était novateur. Alors c’est vrai, ce n’est pas la première fois qu’un président français dit aux Africains: émancipez-vous, normalisons nos relations. Le premier fut le général de Gaulle avec son discours de Brazzaville en 1944. Mais on a vu la suite. Les actes ont été contraires : les barbouzes, le maintien de dictateurs avec l’aide de la France pour assurer la stabilité de nos intérêts. François Mitterrand, à la Beaule en 89, avait dit que la France conditionnerait son aide à la démocratisation du continent… Puis Nicolas Sarkozy voulait rompre avec la FrançAfrique. Mais sa 1ère visite fut pour le clan Bongo au Gabon et il y eut le renvoi de son ministre de la Coopération à la demande du président gabonais et des industriels français.

Donc il faut douter de la parole d’Emmanuel Macron ?

Par forcément. Non pas que ce président serait plus vertueux que les autres mais parce que notre intérêt, maintenant, est vraiment que l’Afrique se développe harmonieusement et que les richesses, qui vont naître de la croissance promise, y soient réparties. Par exemple, pour casser la dynamique de l’immigration. Ce qu’il y a de vraiment nouveau dans le discours d’hier c’est qu’il est générationnel : Emmanuel Macron n’a pas connu la colonisation. Il n’a donc aucun mal, au nom de la France, à affirmer que oui, elle a été porteuse de crimes. Mais il peut aussi dire qu’il faut maintenant passer à autre chose et ne pas se complaire dans une attitude victimaire. Emmanuel Macron a vite senti, devant un auditoire étudiant (donc éruptif), que son propos était relativement accepté. Il s’est même un peu grisé de son succès et par moment –un peu gênant parfois- on aurait pu croire qu’il parlait devant un miroir dans lequel il constatait son talent. Mais le résultat était là. Son message novateur est passé et aura un retentissement. La limite de ce message est cependant vite apparue. Emmanuel Macron affirme que la France ne dira plus à l’Afrique ce qu’elle doit faire, quel chemin elle doit prendre (c’est une distance avec la Françafrique mais aussi avec le discours de la Beaule de François Mitterrand)… et dans le même temps, il a fustigé la culture nataliste de la partie traditionnelle de la société africaine qui fait encore 7, 8 ou 9 enfants par femme. Les esprits très critiques y verront là un néo colonialisme moralisateur. On peut y voir aussi une parole humaniste que la France, qui prétend avoir un message universelle,  n’a pas à taire, même en Afrique. C’est l’éternel dilemme du statut de la parole de la France… il résonne  depuis toujours ce dilemme, depuis la célèbre et violente controverse de deux grands républicains universalistes : Clemenceau et Ferry… Emmanuel Macron était hier plutôt dans la veine anticoloniale de Clémenceau.

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