La France Insoumise serait-elle en crise ?

Disons que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon vit, sinon une crise, du moins un moment de profond doute. Ce qui doit être particulièrement rageant pour les Insoumis, c’est que le mouvement des Gilets Jaunes, au fil des jours, valide en partie leur diagnostic. Il y a, en France, une profonde colère, que l’élection d’Emmanuel Macron et ses 18 premiers mois de verticalité technocratique, n’ont pas calmé. Cette colère, qui (et c’est notable) ne prend pas du tout majoritairement la teinte idéologique de l’extrême-droite comme dans bien d’autres pays, et bien LFI n’a pas su la capter. Les Gilets Jaunes, largement soutenus, sont ‘fâchés, pas forcément fachos’. C’est exactement ce qu’avait pressenti Mélenchon pendant sa campagne présidentielle réussie. Mais voilà, les Gilets Jaunes ne veulent pas de lui, pas plus que de Marine Le Pen. Il n’est pas à la tête de cette colère qui contient un caractère à ce point exaspéré que tout ce qui fait partie d’une organisation politique est banni. Le simple fait de hiérarchiser ses propositions et ses critiques, même virulentes, d’avoir un discours un tant soit peu rationnel, comme il se doit pour un parti avec des élus, est disqualifiant aux yeux des Gilets jaunes. Nous sommes au-delà du dégagisme des politiques qui se sont succédés au pouvoir, théorisé par JL.Mélenchon... avec les Gilets Jaunes, nous en sommes au dégagisme de la politique tout court ! Face à ce mouvement, JL Mélenchon passe du statut de trublion antisystème à celui de notable officiel et donc déconnecté.

C’est cruel !

Oui et, facteur aggravant, cette révolte populaire insaisissable se lève au moment où, justement, les Insoumis avaient fait le choix de mettre leur stratégie populiste de gauche, inspirée de la philosophe Chantal Mouffe, entre parenthèses pour les prochaines élections. Les tenants du retour au peuple, comme Djorje Kuzmanovic ou François Cocq, ont été écartés de la liste des européennes. Les cadres de LFI faisaient des efforts (malgré les écarts détestables de certains  d’entre eux comme Sophia Chikirou) pour ne plus diaboliser les journalistes, ne plus ringardiser les communistes, contourner les syndicats, insulter les socialistes et mépriser les écologistes... bref, pour revenir dans les canons de la gauche classique... et c’est à ce moment précis que le peuple fâché pas facho anti-politique se réveille ! Pas de chance ! Seul François Ruffin semble arriver à s’arrimer aux Gilets jaunes. Ce mouvement lui correspond mieux. Il n’est pas idéologue, il ne s’intéresse pas aux débats d’idées qui agitent toutes les réunions insoumises, par exemple après l’échec de l’élection partielle d’Evry : gauchistes vs Républicains, sociaux vs sociétaux. Le bouillant député picard se veut, depuis le début, le député du peuple, des gens qui souffrent et qui en ont ras-le-bol. Il adopte leur discours à la fois radical et désidéologisé, un brin démago, outrancier et aussi humain. Ce n’est pas véritablement une crise pour LFI mais c’est une angoisse existentielle parce que, de toute évidence, le débouché politique de la fièvre jaune (si toutefois il devait y en avoir, ce qui est loin d’être sûr) a peu de chance d’être incarné par JL.Mélenchon.

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