77 propositions pour une "Vème république plus démocratique". C'est le titre du rapport sur la réforme des institutions et c'est aujourd'hui qu'Edouard Balladur remet à Nicolas Sarkozy les conclusions des travaux de son comité. Passons sur le scepticisme des élus UMP qui voient d'un mauvais oeil qu'on ose toucher d'un cheveu à l'équilibre voulu par Michel Debré ou qu'on tente d'introduire de la proportionnelle quand même les dernières majorités de gauche s'en étaient passé. Jetons un voile pudique sur les tergiversations du PS, être ou ne pas être d'accord avec les propositions Balladur estampillées Jack Lang, telle est l'une de leurs questions. Oublions le fait que la priorité d'hier de Nicolas Sarkozy, la promesse d'une réforme institutionnelle immédiate, ne soit plus celle d'aujourd'hui. Oui, comprimons le temps et les obstacles, et faisons un rêve : la Vème république se réveille ce matin, modernisée, démocratisée par Edouard Balladur et ses amis. Qu'est ce que cela change ? Des petites choses tout de même. Exemples : Le président est désormais autorisé à aller devant l'assemblée - ça tombe bien, ça le démange Nicolas Sarkozy d'aller dire deux mots aux députés, aux siens en particulier. Décidément, rien ne leur va. Le gouvernement prend en compte un de leurs amendements, Mariani sur les tests ADN, ils se déchirent. Le président sauve l'Europe avec son mini traité, ils n'en n'ont cure. Il tente de remercier le Nouveau centre de son indéfectible soutien en lui promettant quelques subsides, ils renâclent. Et quand il s'agit de sauver la sécu en créant de nouvelles franchises médicales, et bien ils se font même porter pâles dans l'hémicycle. Inutile de vous dire que ce matin, si le président pouvait aller s'exprimer à l'assemblée, ça dépoterait. Tiens d'ailleurs, les députés seraient tous là, plus un ne peut être cumulard ! La clarification des pouvoirs au sein de l'exécutif. Désormais, c'est au président de "définir" la politique de la nation, le gouvernement est simplement chargé de la "conduire". Du coup ce matin, François Fillon n'est plus du tout agacé par l'hyperprésidence de Nicolas Sarkozy. Mieux, il lui renvoie la balle. Vendredi, dans un centre de maintenance de la SNCF, le président a imprudemment lâché que le problème de la décôte introduite par le passage au 40 annuités ne concernait pas les cheminots en exercice. Stupeur des syndicats, c'est l'un des points de crispation de la réforme, et sortie de rames au ministère du travail où on explique depuis, que la langue du président a fourché. Et bien qu'il se débrouille Nicolas Sarkozy, puisqu'il "définit" désormais la politique de la nation, tout ce qu'il dit est d'or. François Fillon est soulagé ! Parallèmement, grâce à la réforme Balladur, quelques crises ont pu être évitées. Le parlement par exemple, qui n'est plus asservi à l'exécutif, s'est épargné le ridicule d'examiner la proposition de loi destinée à financer le Nouveau Centre et ne l'a tout simplement pas inscrite à son ordre du jour. Sur les régimes spéciaux, un cinquième des parlementaires a choisi de mobiliser 4 millions d'électeurs pétionnaires, et du coup, un référendum d'initiative populaire a été organisé. Le peuple a tranché. Un petit détail encore : la parole du président est désormais comptabilisée dans le temps de parole global de l'exécutif. Deux conséquences, mathématiques : Les ministres sont réduits au mutisme, impossible en effet d'empêcher Nicolas Sarkozy de parler, en revanche par effet de vase communicant, l'opposition gagne du crédit de temps de parole. Bon d'accord, pour l'instant, elle ne sait pas trop quoi en faire, pour dire quoi, mais ça va venir. D'ailleurs, elle a encore un peu de temps pour se préparer, car c'est un rêve, la réforme Balladur n'est pas pour demain.

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