L'édito politique par Françoise Degois. _____Nicolas Sarkozy a pris la mouche, hier, lors de son discours sur l'emploi dans les Ardennes, traitant Lionel Jospin de « revenant ». L'ancien premier ministre avait critiqué la gestion sarkozyste de la crise financière. « Jospin revenant »... D'accord, "revenant" n'est pas un mot très gentil, surtout à l'approche de la Toussaint ; mais il est tout de même assez juste, pris au sens littéral. Le revenant par définition revient et pas qu'une fois. Plusieurs fois... pendant des années... Et au fil des ans, il devient à la politique française ce que le boulet est à la chaine ! Qui sont ces revenants qui sifflent sur nos têtes ? Anciens 1er ministre ou anciens chefs d'état. A gauche, Lionel Jospin et Michel Rocard. Leur compteur respectif s'est arrêté sur Matignon, là ou ils rêvaient d'Elysée. Etre sans jamais avoir été ! Depuis ? Et bien, Lionel Jospin s'en va, revient, avant de repartir. Nous voilà telles les femmes de marins, engoncés dans nos cirées jaunes guettant sur le quai le retour hypothétique de ce bateau qui tire, quelques coups de canons sur les mauvais élèves socialistes, les mauvais élèves UMP, avant de disparaître à nouveau derrière la ligne d'horizon. Michel Rocard lui aussi ressurgit à intervalle régulier. Son plus haut fait d'arme restant la dernière présidentielle. Acte 1 : proposer à Ségolène Royal de se retirer à son profit pour cause de nullitude. Acte 2 : expliquant à quelques jours du 1er tour pourquoi Bayrou était un type formidable. Mais Rocard court à rythme constant : il distribue toujours bons points et bonnets d'âne à longueur d'interviews sur tout type de sujets. A droite, Nicolas Sarkozy a eu plus de chance. Valéry Giscard d'Estaing, éternel président de la France, est un peu usé par sa guerre de 30 ans avec Jacques Chirac. Les griffes sont émoussées... Quant à Edouard balladur, il est entouré de soins constants inhérents à son statut. La paix passe aussi par les présidences de commissions. Mais ils ne sont pas les seuls. Voici Alain Juppé. Lui aussi était programmé pour l'Elysée, comme Laurent Fabius. Deux logiciels parfaits. Mais les deux n'ont même pas pu être candidats. Si Fabius ne lâche pas, Alain Juppé, lui, pourrait inaugurer le modèle "revenant à l'insu de son plein gré", tant ses petits camarades rêveraient de l'opposer un jour à ce Nicolas qu'ils détestent. Finalement, le seul dont on attendrait avec délices les coups de pattes, est le seul qui semble avoir fait voeu de silence. Jacques Chirac qui a renoncé, avec sagesse, à n'être, politiquement, que l'ombre de lui même. Il existe un anti modèle : les USA. Avec ce doux nom "le spoil system" ou "système des dépouilles". Croyez-vous une seule seconde, qu'il soit possible de trouver un personnel politique avec lequel, comme en France, on apprend à marcher quand il est élu député ? on passe son permis quand il devient ministre ? on se marie, quand il devient premier ministre ? et parfois même, on meurt avant lui ! La question du nombre de gens enterrés par les revenants mérite aussi d'ailleurs d'être posée. Non aux USA, vous jouez, vous gagnez et vous restez dans la photo, ou bien vous jouez, vous perdez et vous faites des fondations comme All Gore. On vous ressort de votre propriété du Massachussets, comme John Kerry, pour vous faire faire des meetings de soutiens. J'ai bien dit de soutien et pas des meetings peau de banane, pour Barak Obama... John Mac Cain. Mais on vous invite rarement à placer votre grain de sel partout, tout le temps à toutes les sauces, surtout les plus piquantes, à l'égard de ceux qui, peut-être, un jour, réussiront là où vous avez échoué.

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