**par Jean-François AchilliLes Français ont de nouveau défilé dans la rue hier, contre la réforme des retraites, qui a pourtant été votée. Mais pas seulement…Même s’il y avait beaucoup moins de monde sur le pavé hier, une impression s’est dégagée de tous les cortèges: il y a un ras-le-bol collectif qui monte. Et il dépasse le seul sujet des retraites. Il y en avait contre le chômage, contre le discours de Grenoble, contre les riches, la cible de toute la rancœur voire de toute la colère, qui a concentré le tir hier s’appelait: Nicolas Sarkozy. Les manifestants ont déjà eux-mêmes basculé dans la campagne présidentielle de 2012. De cinq cents mille à deux millions de personnes, ce n’est évidemment pas tout le pays, mais il faut rappeler que plus de 70% des Français auront soutenu ce mouvement. Cette mobilisation pose évidemment le problème de la légitimité de la représentation nationale. Qui a raison ? Ceux qui manifestent ou bien les parlementaires élus qui ont voté la loi ? « La rue doit s'exprimer mais ce n'est pas la rue qui gouverne », disait Jean-Pierre Raffarin, célèbre philosophe chinois. Mais il y avait dans cette rue aussi bien des ouvriers, que des étudiants, enseignants, des services publics, des cadres du privé. L’élite, c’est aussi la rue, a rappelé récemment Cynthia Fleury, autre philosophe, dans les colonnes du Monde. Une sorte de démocratie nouvelle qui s’exprime et qui ne serait pas la négation du pouvoir officiel. La négociation sur les retraites, telle qu’elle s’est déroulée, avec des bornes d’âges inamovibles, ne pouvait conduire qu’à l’affrontement. Le gouvernement, lui, était confronté à une urgence, celle de financer un système à la dérive. D’où ce dialogue de sourds, qui a rendu inaudibles les propositions alternatives émises par François Chérèque. Certains l’ont dit et répété, y compris dans les rangs de la majorité, une telle réforme aurait mérité de prolonger le temps de la discussion. La réforme est-elle impossible aujourd’hui dans notre pays ?La droite accuse les Français d’être trop conservateurs. Nicolas Sarkozy revendique le courage de mener à bien des réformes aussi bien nécessaires qu’impopulaires. La gauche met en accusation cette méthode qui fait passer à la hussarde des mesures dont les Français ne veulent pas, parce que ce sont toujours les mêmes qui trinquent. Le débat sur les retraites aura été pollué par l’éprouvant feuilleton de l’affaire Woerth-Bettencourt, qui a mis en relief une société à deux vitesses, dominée par celle du pouvoir et de l’argent. Réformer le pays signifiait autrefois donner du progrès social. C’est aujourd’hui synonyme de sacrifices. La réforme, le mot fait peur. Les Français n’y sont pas hostiles, mais ils ne peuvent désormais l’accepter que dans la mesure où le fardeau sera vraiment partagé par tous. Et ça, ce n’est pas gagné.**

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