Par Marc Fauvelle.

François Hollande dans les sables mouvants de l'impopularité

C'est bien l'image qui ressort de la dernière enquête BVA pour France Inter , et qui décerne donc à François Hollande ce bonnet d'âne de président le plus impopulaire depuis trois décennies... 26% de popularité, cela signifie que le Président a, en l’espace de 18 mois, dilapidé la moitié de son capital du second tour de la présidentielle, il est même désormais en deçà de son score du premier tour… Même Nicolas Sarkozy –c’est dire- en pleine période bling-bling/ yacht Bolloré/ « avec Carla c'est du sérieux », n'était pas tombé si bas...

Alors on pourrait gloser pendant des heures sur les raisons de cette chute, ce président trop normal qui n'est pas protégé par son Premier ministre, cette ligne politique rarement assumée, ces ministres qui marquent contre leur camp, et la crise bien sûr…

Mais désormais, il faut se rendre à l'évidence, c'est un autre mécanisme qui est à l'œuvre, entre les Français et leur président. La cote d'alerte est franchie, la presse est de plus en plus féroce avec le chef de l'Etat, (peut-être d’ailleurs pour compenser sa relative bienveillance lors des premiers mois), et François Hollande ne peut plus bouger un orteil sans s'attirer les foudres de la droite et souvent de sa propre majorité....ou du moins de son aile gauche.

C'est bien là le syndrome des sables mouvants... Il y a 10 jours, le quotidien Libération lui ordonnait en pleine Une de s'exprimer pour mettre fin au feuilleton Leonarda. Deux jours après c'est chose faite, et cette fois, on lui reproche d'avoir parlé, trop vite ou pas assez fort, et il en ressort un peu plus affaibli.

Désormais chacune de ses annonces, chacun de ses déplacements est ausculté au regard de cette impopularité... S'il se tait, on lui reproche de faire l'autruche, de se couper des Français, et s'il agit, de réagir dans l'urgence… C'est une loupe médiatique qui grossit, amplifie, et en partie déforme la réalité...

Et la chute de François Hollande est aussi à mettre en relation avec l'envolée de Manuel Valls.

Estampillé homme politique le plus populaire de France, avec 7 Français sur 10 qui le soutiennent, et un bond spectaculaire ce mois-ci.... Tout se passe comme si le ministre de l'Intérieur avait construit sa popularité contre celle de François Hollande… Quand François baisse, Manuel monte : c’est une popularité en miroir, sur le principe des vases communicants.... lorsqu' on interroge les Français, ils louent chez lui des qualités qu’ils ne trouvent pas chez Hollande : l'autorité, la fermeté, la clarté...

C'est la le coup de maître réussi par Manuel Valls : non seulement la popularité du couple exécutif ne déteint pas sur lui, mais en plus, il a réussi à se déconnecter dans l'opinion du bilan économique du gouvernement.

Alors Manuel Valls est-il un atout ou un danger pour le Président ? Tant qu'il ne franchit pas la ligne rouge, François Hollande n'a d'autre choix que de le garder à ses côtés. Pour l'heure, le ministre de l'Intérieur s'est opposé à certains de ses collègues, Christiane Taubira, Cécile Duflot, à son patron Jean-Marc Ayrault dans l'affaire Leonarda, mais jamais directement et frontalement à son « big boss » François Hollande… Pour le Président, il reste donc à la fois un contrepoids nécessaire à la gauche de la gauche, et une carte dans la bataille anti FN qui va dominer la campagne des municipales... Mais à plus long terme, ce grand écart de popularité semble difficilement tenable... A moins que François Hollande ne se décide à nommer Manuel Valls à Matignon pour le faire retomber sur terre...

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