La mort de Rémi Fraisse envenime les relations entre les écologistes et les socialistes…

Oui, plusieurs… disons, fautes de goût politique, commises de part et d’autre, expliquent que la controverse ait pris un tour si acrimonieux. D’abord un retard du côté de l’exécutif dans l’expression de la compassion envers les proches de la victime, et puis des propos accusateurs prématurés de la part des responsables écologistes, avant d’avoir quelques certitudes sur les raisons de la mort de Rémi Fraisse. Ces retards et précipitations ont entraîné une surenchère des plus classiques, désespérément prévisible dans notre société qui ne semble fonctionner qu’à l’affrontement permanent. Société dans laquelle les décisions publiques, notamment en matière d’aménagement et d’équipement, sont de plus en plus perçues comme arbitraires, prises selon des considérations mal partagées, peu négociées ou pour de mauvaises raisons. Même quand elles sont adoptées à la quasi-unanimité d’une assemblée locale. Et comme d’habitude, selon cette logique d’affrontement et de défiance, chacun s’auto-caricature. Pourquoi fallait-il que le premier Ministre dise, devant les députés hier, qu’il n’accepterait pas que les forces de l’ordre soient mises en cause? Comme par principe ! Quelques heures seulement avant que, justement, il soit quasiment établi qu’elles étaient en cause. Même si leur mission était très compliquée… Manuel Valls s’est livré à une défense d’appareil, une défense de corps, en adoptant la posture toujours valorisante de l’autorité intraitable.

Et en matière d’auto-caricature, Noël Mamère lui a bien rendu la pareille.

Lui aussi s’est drapé dans son personnage de défenseur de nobles causes en déclarant, sentencieux : « on ne bâtit pas un barrage sur un cadavre » ! Déclaration qui, au-delà du panache, était politiquement des plus scabreuses ! S’il s’avérait que la construction de cette retenue d’eau n’était pas justifiée, ce ne serait, bien évidemment, pas parce qu’il y a eu une terrible bavure qu’il faudrait y renoncer. En décrétant cette règle comme une éthique, Noël Mamère dévie le débat sur la pertinence de la construction de cet ouvrage, débat technique, politique, vers les recoins douteux de la morale et du pathos. Il y a déjà assez d’arguments rationnels pour mettre en doute le bienfondé de ce projet, ou tout du moins sa dimension. Cette montée dans les tours, cet accès de fièvre représente en fait un immense gâchis. Il fausse la réalité des positions de chacun. Parce qu’en fin de compte, le gouvernement a été plutôt transparent, tant sur le rapport des experts que sur l’enquête concernant la mort de Rémi Fraisse. De même, cette polémique masque le fait qu’au-delà de quelques dizaines d’extrémistes qui veulent en découdre, quoi qu’il en coûte, la très grande majorité des militants qui s’opposent à Notre Dame des Landes ou au projet de Sivens sont (comme le fut Rémi Fraisse) des activistes sincères, et qui estiment se battre pour une société moins vorace, moins destructrice.

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